{"id":1215,"date":"2003-04-12T15:23:54","date_gmt":"2003-04-12T13:23:54","guid":{"rendered":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/?p=1215"},"modified":"2017-10-13T11:17:19","modified_gmt":"2017-10-13T09:17:19","slug":"reflexions-sur-la-mort","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/reflexions-sur-la-mort\/","title":{"rendered":"R\u00e9flexions sur la mort"},"content":{"rendered":"<p align=\"LEFT\">(Revue ma\u00e7onnique suisse: avril 2003)<\/p>\n<p align=\"LEFT\"><b>Michel Cugnet, ex-Grand Orateur de la GLSA, a r\u00e9dig\u00e9 les lignes ci-apr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;occasion des obs\u00e8ques de Roland Resin qui ont eu lieu le 3 janvier dernier. Initi\u00e9 en 1957, le d\u00e9funt avait \u00e9t\u00e9 Ma\u00eetre D\u00e9put\u00e9 de sa loge \u00abL&rsquo;Amiti\u00e9\u00bb \u00e0 La-Chaux-de-Fonds.<\/b><\/p>\n<p align=\"LEFT\">Pour chacun d\u2019entre nous, la mort est d\u2019abord cet \u00e9v\u00e9nement terrible qui laisse quelque chose de froid et de vide \u00e0 l\u2019emplacement du c\u0153ur. Car, dans chaque mort il y a presque toujours le d\u00e9part de l\u2019\u00eatre cher ou de l\u2019ami. La mort fait mal quand elle frappe. Mais \u00e0 qui fait-elle mal? Qui donc a mal quand elle a frapp\u00e9 ? Ceux qui restent, pas celui ou celle qui est parti&#8230;<\/p>\n<p align=\"LEFT\">Pour celui qui est parti, le verbe \u00abmourir\u00bb n\u2019a d\u00e9j\u00e0 plus aucun sens, que cette mort ait \u00e9t\u00e9 douce, violente, accidentelle ou lib\u00e9ratrice. Lorsque nous qualifions, sch\u00e9matiquement, la mort de douce ou de violente, nous ne voyons en r\u00e9alit\u00e9 que l\u2019\u00e9tat pr\u00e9c\u00e9dant le tr\u00e9pas. En cas de mort violente, cet \u00e9tat peut \u00eatre extr\u00eamement douloureux, mais, encore une fois, il ne s\u2019agit pas du passage de vie \u00e0 tr\u00e9pas, il s\u2019agit uniquement des instants qui pr\u00e9c\u00e8dent ce passage. De m\u00eame, dans le cas d\u2019une mort douce et consciente, sans douleur physique, il peut y avoir en revanche une peur terrible, une angoisse \u00e9pouvantable de la part du moribond face \u00e0 l\u2019inconnu de l\u2019au-del\u00e0. Mais l\u00e0 encore, il s\u2019agit bien de l\u2019\u00e9tat qui pr\u00e9c\u00e8de le d\u00e9c\u00e8s. En r\u00e9alit\u00e9, dans l\u2019instant extr\u00eamement court, je dirais presque infinit\u00e9simal, o\u00f9 s\u2019effectue le passage de vie \u00e0 tr\u00e9pas, tout ce qui est douleur physique ou angoisse psychique cesse instantan\u00e9ment. La mort en soi n\u2019est ni douloureuse ni douce ni violente ni am\u00e8re ni lib\u00e9ratrice. Ce passage ne fait pas plus mal physiquement et mentalement que l\u2019instant o\u00f9 l\u2019on passe de l\u2019\u00e9tat de veille \u00e0 celui de sommeil.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">Seuls ceux qui restent jugent la mort: en fonction de leur existence propre, de leurs aspirations ou de leurs craintes personnelles, selon leur degr\u00e9 d\u2019affectivit\u00e9 et d\u2019\u00e9motivit\u00e9, mais surtout en fonction de cet \u00e9go\u00efsme cher \u00e0 tout \u00eatre humain (mais combien pardonnable) qui s\u2019exprime au nom de l\u2019amour ou de l\u2019amiti\u00e9 perdus. Quoi de plus justifi\u00e9, en effet, que cette horreur douloureuse de la mort, quand l\u2019\u00eatre cher ou l\u2019ami est arrach\u00e9 \u00e0 notre existence ?! Pourtant, n\u2019est-ce pas l\u00e0 refuser \u00e0 celui ou celle qui nous quitte le droit au changement, \u00e0 la mutation ?<\/p>\n<p align=\"LEFT\">Chacun est libre de choisir sa vie, du moins la direction bonne ou moins bonne qu\u2019il veut lui donner. Chacun peut \u00e9galement choisir de vivre ou de ne plus vivre. Mais qui donc peut choisir de ne pas mourir ? Et pourtant, qui n\u2019aspire pas \u00e0 l\u2019immortalit\u00e9 ! Et c\u2019est bien l\u00e0 que r\u00e9side la v\u00e9ritable et sans doute la seule \u00e9galit\u00e9 entre les hommes: l\u2019obligation de mourir.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">En fait, cette obligation que chacun a de mourir un jour, n\u2019est-ce pas justement ce qui devrait obliger chacun \u00e0 choisir sa mort ? Entendons-nous, je con\u00e7ois ce choix de la mort sur le fond et non sur la forme. Effectivement, certaines morts sont absurdes, d\u2019autres sont laides ou horribles, certaines belles ou sereines&#8230; Mais de ce type de mort, qui donc en a le choix? Personne. Non, en r\u00e9alit\u00e9, choisir sa mort, c\u2019est choisir sa vie.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">Choisir de vivre de telle sorte que la mort, de quelque mani\u00e8re et \u00e0 quelque moment qu\u2019elle survienne, soit belle. Belle, m\u00eame si \u00e0 ceux qui restent elle peut para\u00eetre absurde ou injuste. Car belle, elle doit l\u2019\u00eatre pour celui qui meurt et non pas forc\u00e9ment pour ceux qui restent. Et c\u2019est l\u00e0 que ce cadeau mortel doit \u00eatre pens\u00e9 en fonction d\u2019une certaine mani\u00e8re de vivre.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">Personne ne sait quand la mort surviendra. Et c\u2019est pourquoi nous devons apprendre \u00e0 vivre en sorte que la mort ne puisse nous surprendre, c\u2019est-\u00e0-dire apprendre \u00e0 vivre en harmonie avec soi-m\u00eame, de mani\u00e8re que la s\u00e9paration entre ce qui doit demeurer dans ce monde-ci et ce qui doit s\u2019\u00e9lever dans l\u2019autre monde se fasse sans heurt (quelle que soit la forme, violente ou non, de la mort) avec d\u00e9licatesse et s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, et non d\u2019une fa\u00e7on d\u00e9chirante et chaotique. Ainsi, la vie conditionne la mort.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">La mort est d\u00e9chirante pour ceux qui restent et aussi pour celui qui la refuse, mais pas pour celui qui la sait en permanence \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui sur le chemin de la vie. Il serait vain de refuser sa compagnie. Alors, autant se pr\u00e9parer \u00e0 l\u2019accepter avec force et sagesse pour, dans l\u2019acceptation d\u2019une s\u00e9paration harmonieuse, la vaincre en beaut\u00e9. L\u2019ancien guerrier qui mourait au combat, violemment, l\u2019\u00e9p\u00e9e \u00e0 la main, \u00e9tait assur\u00e9 de l\u2019audel\u00e0 paradisiaque du Walhalla. Et, s\u2019il mourait de mort naturelle il ne manquait jamais de serrer son \u00e9p\u00e9e contre son c\u0153ur, cette \u00e9p\u00e9e qui t\u00e9moignait de ses exploits, de sa valeur et de sa droiture, cette \u00e9p\u00e9e initiatique qui lui ouvrait la porte du paradis des h\u00e9ros. Et, quelle que fut sa haine pour ses ennemis, quel que fut son amour pour les siens, quels qu\u2019aient \u00e9t\u00e9 ses d\u00e9fauts et ses travers, ce guerrier, cet homme, s\u00fbr de la valeur de son geste, s\u00fbr de l\u2019initiation que lui conf\u00e9rait la pr\u00e9sence de son \u00e9p\u00e9e, cet homme mourait en harmonie avec lui-m\u00eame et donc se s\u00e9parait du monde d\u2019ici-bas avec beaut\u00e9.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">Quand le chevalier prenait plaisir \u00e0 trancher t\u00eates et membres de ses ennemis, \u00e0 pourfendre gueux et brigands pour la d\u00e9fense de la veuve et de l\u2019orphelin, ce chevalier n\u2019avait point de honte \u00e0 donner la mort et luttait dans sa conviction profonde pour que s\u2019accomplisse son divin salut dans sa foi in\u00e9branlable de la parole donn\u00e9e. En mourant, il \u00e9tait en harmonie avec lui-m\u00eame, persuad\u00e9 d\u2019avoir oeuvr\u00e9 pour le bien et de gagner en beaut\u00e9 le s\u00e9jour des bienheureux. La mort pouvait le prendre de n\u2019importe quelle mani\u00e8re, il savait qu\u2019il mourrait de toute fa\u00e7on en beaut\u00e9, car il avait trac\u00e9 les instants de sa vie dans ce but. C\u2019est donc dans sa vertu initiatrice que la mort doit \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e et accept\u00e9e. Ainsi, elle d\u00e9livre des forces n\u00e9gatives et r\u00e9gressives, d\u00e9mat\u00e9rialise et lib\u00e8re les forces ascensionnelles de l\u2019esprit.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">Pour celui ou celle qui a oeuvr\u00e9 avec l\u2019espoir de s\u2019ouvrir un jour au seuil de la spiritualit\u00e9, la mort devient la condition d\u2019une nouvelle vie, sup\u00e9rieure \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente par le passage de l\u2019\u00eatre spirituel sur un autre plan d\u2019existence, diff\u00e9rent du n\u00f4tre. Pour nous Ma\u00e7ons, toute initiation traverse une phase de mort avant d\u2019ouvrir l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une existence nouvelle. Comme on nous a d\u00e9j\u00e0 appris \u00e0 mourir, symboliquement, au travers de l\u2019initiation, la mort ne peut \u00eatre pour nous un sujet de douleur ni de crainte, mais d\u2019espoir. Elle se pr\u00e9sente \u00e0 nous non pas comme la Faucheuse \u00e0 t\u00eate de mort des images conventionnelles, mais comme un compagnon de voyage qui apr\u00e8s nous avoir amen\u00e9 au seuil de l\u2019au-del\u00e0, se s\u00e9pare de nous en nous rassurant d\u2019une voix chaude et confiante: \u00abJe vous quitte, mais je vous laisse entre les mains d\u2019un guide s\u00fbr et fid\u00e8le, qui vous conduira vers la Lumi\u00e8re.\u00bb<\/p>\n<p align=\"LEFT\">Ainsi, m\u00eame si nous pleurons la perte de l\u2019\u00eatre disparu, nous n\u2019en esp\u00e9rons pas moins et nous nous r\u00e9jouissons de son accession au changement, \u00e0 la transmutation.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Revue ma\u00e7onnique suisse: avril 2003) Michel Cugnet, ex-Grand Orateur de la GLSA, a r\u00e9dig\u00e9 les lignes ci-apr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;occasion des [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[21],"tags":[],"class_list":["post-1215","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classifiee"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1215","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1215"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1215\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1216,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1215\/revisions\/1216"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1215"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1215"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1215"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}