{"id":1227,"date":"2003-08-12T15:29:54","date_gmt":"2003-08-12T13:29:54","guid":{"rendered":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/?p=1227"},"modified":"2017-10-13T11:17:19","modified_gmt":"2017-10-13T09:17:19","slug":"propos-sur-la-raison","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/propos-sur-la-raison\/","title":{"rendered":"Propos sur la raison"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"LEFT\"><b>\u00abRaisonner est l\u2019emploi de toute ma maison\/Et le raisonnement en bannit la raison\u00bb (Moli\u00e8re)<\/b><\/h2>\n<p align=\"LEFT\"><i>LOGE LA CONSTANCE, AUBONNE\u00a0<\/i>(Revue ma\u00e7onnique suisse: ao\u00fbt\/septembre 2003)<\/p>\n<p align=\"LEFT\"><b>Du latin, ratio, qui signifie calcul, compte, la raison est aussi d&rsquo;apr\u00e8s le dictionnaire Larousse, \u00abla facult\u00e9 qui permet \u00e0 l&rsquo;homme de distinguer le vrai du faux, le bien du mal et de d\u00e9terminer sa conduite d&rsquo;apr\u00e8s cette connaissance\u00bb.<\/b><\/p>\n<p align=\"LEFT\">Ou encore, d&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;encyclop\u00e9die Quillet, c&rsquo;est\u00a0<i>\u00abla facult\u00e9 directrice de la pens\u00e9e et de la conduite humaine. Ainsi la raison est immanente aux actes volontaires comme aux pr\u00e9ceptes et concepts, \u00e0 la coordination de la conduite comme \u00e0 la syst\u00e9matisation de la pens\u00e9e, elle est aux tendances d\u2019une part, aux donn\u00e9es sensibles d\u2019autre part comme est le levain dans une p\u00e2te.\u00bb<\/i><\/p>\n<p align=\"LEFT\">La raison est le m\u00e9canisme abstrait (virtuel) reposant sur des connaissances commun\u00e9ment accept\u00e9es, conceptualis\u00e9es, par lequel la pens\u00e9e se forme de mani\u00e8re critique selon les dichotomies ou les dilemmes rencontr\u00e9s. C&rsquo;est \u00e0 travers cette m\u00e9thode discursive, dont les s\u00e9quences pourraient \u00eatre analys\u00e9es ou soupes\u00e9es une \u00e0 une, que dans un contexte donn\u00e9 on aboutit \u00e0 un entendement qui se veut proche, en bonne conscience, d&rsquo;une v\u00e9rit\u00e9 acceptable et v\u00e9rifi\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">Nous pouvons opposer \u00e0 cette d\u00e9finition de la raison discursive, la raison intuitive qui na\u00eet de l&rsquo;acceptation subjective et repose sur une forme de conviction, voire de pressentiment de ce qui n&rsquo;existe pas encore. La raison intuitive peut \u00e9galement \u00eatre une cons\u00e9quence de la v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e qui s&rsquo;ouvre sur la foi, celle-ci pouvant annihiler la facult\u00e9 de raisonner. La critique \u00e9tant exempte dans cette forme de raison, des lacunes importantes, par n\u00e9gation ou simplement par occultisme, peuvent s&rsquo;immiscer dans la proc\u00e9dure de recherche intellectuelle dont le r\u00e9sultat ne serait qu&rsquo;illusoire.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">Dans une approche semblable Diderot disait:\u00a0<i>\u00abSi la raison est un don du Ciel et que l&rsquo;on en puisse dire autant de la foi, le Ciel nous a fait deux pr\u00e9sents incompatibles et contradictoires.\u00bb<\/i>C\u2019est \u00e0 travers l\u2019histoire, et notamment celle de la philosophie, que l\u2019on peut analyser les m\u00e9canismes de la raison et que se sont dessin\u00e9s les concepts m\u00eames de la pens\u00e9e humaine. Le discours de la raison, car c&rsquo;est de cela qu&rsquo;il s&rsquo;agit effectivement, est n\u00e9 en Gr\u00e8ce, il est d\u00fb essentiellement \u00e0 un trio dont l&rsquo;un \u00e9tait l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve de l&rsquo;autre: Socrate, Platon et Aristote. Ce sont les p\u00e8res de la philosophie (philo, j&rsquo;aime; sophia, sagesse&#8230; amour de la sagesse). Jusqu&rsquo;\u00e0 Kant en passant par Galil\u00e9e, K\u00e9pler et Descartes, ce sont les pens\u00e9es platoniciennes et aristot\u00e9liciennes qui faisaient r\u00e9f\u00e9rences.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">Socrate est en fait le p\u00e8re de la dialectique et le ma\u00eetre de la ma\u00efeutique (art d&rsquo;accoucher les esprits). Tel qu&rsquo;il appara\u00eet dans les dialogues de Platon, il est un personnage libertaire, sans valeurs pr\u00e9con\u00e7ues, il cherche en toute chose la raison, le juste milieu, et le plus souvent la vraie question, simple, basique voire empirique. Un des dialogues classiques, le Lach\u00e8s, refl\u00e8te la fa\u00e7on sophiste de Socrate de r\u00e9soudre les questions embarassantes et\/ou mal pos\u00e9es. C&rsquo;est par le sch\u00e8me des id\u00e9es que l&rsquo;argumentation se d\u00e9ploie et que la d\u00e9monstration, \u00e0 travers la rh\u00e9torique, est transmise et re\u00e7ue, sans toutefois apporter une r\u00e9ponse unique; ainsi le doute \u00e9merge, en m\u00eame temps, de la pens\u00e9e. On constate ici que le terme ratio prend tout son sens moderne: probabilit\u00e9, chance, vraisemblance, et que cet aspect d&rsquo;aboutissement du raisonnement am\u00e8ne vers le jugement qui, s&rsquo;il ne fait pas lumi\u00e8re absolue, sera toujours entach\u00e9 d&rsquo;incertitudes et correspondra plus \u00e0 une acceptabilit\u00e9 de majorit\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 une v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">Quittant le monde sensible \u00e0 l&rsquo;esprit, une esp\u00e8ce de monde parall\u00e8le, th\u00e9orique et conceptuel inspir\u00e9 de Platon, dans l&rsquo;ombre de Socrate, Aristote pr\u00e9conise un rattachement de la parole pure au monde concret, populaire, empirique. Aristote ouvre la philosophie \u00e0 la prise de d\u00e9cisions. Fini le discours sans conclusion, plus de double langage, plus de confusion possible. L&rsquo;esprit perturbateur de Socrate qui lui valut son jugement et sa condamnation par la cit\u00e9 mettait en p\u00e9ril le pouvoir politique car tout devait \u00eatre remis en question. On se doit de convaincre et d&rsquo;avoir des objectifs pr\u00e9cis qui, selon l&rsquo;\u00e9preuve de la recevabilit\u00e9 par une majorit\u00e9 &#8211; en vertu du<\/p>\n<p align=\"LEFT\">principe de la d\u00e9mocratie &#8211; pouvaient \u00eatre concr\u00e9tis\u00e9s, donnant lieu \u00e0 la raison d&rsquo;Etat et au concept \u00abagissant\u00bb. Au-del\u00e0 de la persuasion, Aristote cherche \u00e0 convaincre. La conviction instaure chez l&rsquo;individu des certitudes durables. C&rsquo;est ainsi que le Lyc\u00e9e (\u00e9cole d&rsquo;Aristote) va l&#8217;emporter sur l&rsquo;Acad\u00e9mie (\u00e9cole de Platon) pendant pratiquement quinze si\u00e8cles. L&rsquo;\u00e9l\u00e8ve a pris le pas sur le ma\u00eetre, ce qui sied bien au contexte de l&rsquo;enseignement platonicien.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">Les penseurs latins des 1er et 2e si\u00e8cles, tels Cic\u00e9ron et Marc-Aur\u00e8le, ont laiss\u00e9 aussi des traces, moins marqu\u00e9es, dans la conceptualisation de la raison. Marc-Aur\u00e8le, notamment dans son classique des Pens\u00e9es, d\u00e9montre bien la fonction \u00abraison\u00bb dans l&rsquo;apprentissage: \u00abVoici deux r\u00e8gles de conduite que tu dois toujours avoir sous les yeux: la premi\u00e8re, de ne faire absolument que ce que la raison te commande dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de tes semblables, la raison, dis-je, qui doit r\u00e9gner souverainement et te dicter ses lois; la seconde, de changer d&rsquo;avis s&rsquo;il se rencontre quelqu&rsquo;un qui t&rsquo;\u00e9claire et te fasse renoncer \u00e0 ta premi\u00e8re pens\u00e9e\u00bb. Il montre alors que la raison est aussi un partage et qu&rsquo;on ne peut vraiment \u00e9voluer qu&rsquo;en prenant le soin de communiquer et de comparer les arguments, et qu&rsquo;ensuite en connaissance de causes, gr\u00e2ce au discernement, des r\u00e9solutions peuvent \u00eatre prises. L&rsquo;individu ne peut se borner \u00e0 sa seule pens\u00e9e et \u00e0 sa seule m\u00e9thode de raisonnement.<\/p>\n<h2 align=\"LEFT\"><b>Des outils suppl\u00e9mentaires<\/b><\/h2>\n<p align=\"LEFT\">C&rsquo;est la r\u00e9volution galil\u00e9enne concernant la description de l&rsquo;univers qui va remettre en question la vision rigide d&rsquo;Aristote. Galil\u00e9e aura puis\u00e9 dans l&rsquo;exp\u00e9rimentation, conform\u00e9ment \u00e0 Aristote, mais il aura \u00e9galement cherch\u00e9 \u00e0 concilier l&rsquo;observation exp\u00e9rimentale avec la th\u00e9orie, selon lui \u00abla nature parle le langage des figures et des nombres\u00bb. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;en reprenant l&rsquo;observation d&rsquo;Archim\u00e8de et les th\u00e9ories de Platon et de Pythagore, Galil\u00e9e va profiler les fondements de la science occidentale. Descartes avec son livre R\u00e8gles pour la direction de l&rsquo;esprit puis le Discours de la m\u00e9thode, faisait un travail de recentralisation autour de l&rsquo;homme et de sa pens\u00e9e (\u00abJe pense\u00bb). Mais ce sont les M\u00e9ditations m\u00e9taphysiques, sommet de la pens\u00e9e pure de Descartes qui font dire \u00e0 Hegel que celui-ci est le fondateur de la modernit\u00e9 philosophique.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">Pourtant Descartes, comme Galil\u00e9e, dans ce contexte de pens\u00e9e pure et de mati\u00e8re pure, maintient le r\u00f4le de Dieu dont l&rsquo;existence devient une donn\u00e9e de la lumi\u00e8re naturelle et non surnaturelle (la raison d\u00e9montre l&rsquo;existence de Dieu), \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de l&rsquo;axiome caract\u00e9ristique de la th\u00e9ologie. C&rsquo;est ce qui fera bondir Pascal: \u00abVoil\u00e0 ce Dieu des philosophes, c&rsquo;est un Dieu qui a perdu toutes ses qualit\u00e9s, ce n&rsquo;est plus le Dieu de la religion, ce n&rsquo;est plus le Dieu de Mo\u00efse, d&rsquo;Abraham et de Jacob\u00bb.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">Dans la derni\u00e8re partie du Discours de la m\u00e9thode Descartes fait appel \u00e0 tous ceux qui veulent am\u00e9liorer la vie de l&rsquo;homme en ce monde: \u00ab\u2026Connaissant la force et les actions du feu, de l&rsquo;eau, de l&rsquo;air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers m\u00e9tiers de nos artisans, nous les pourrions employer en m\u00eame fa\u00e7on \u00e0 tous les usages auxquels ils sont propres et ainsi nous rendre comme ma\u00eetres et possesseurs de la nature\u00bb.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">Ce programme collectif dont l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance est sans doute bien lointaine, et peut-\u00eatre ind\u00e9sirable, semble \u00eatre \u00e0 l&rsquo;origine du courant mat\u00e9rialiste, qu&rsquo;il soit \u00e0 la base de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9conomie de production marchande. Alors la m\u00e9taphysique de l\u2019Etre comme \u00abpr\u00e9sence\u00bb pourrait \u00eatre expliqu\u00e9e par un certain rapport utilitaire au monde, command\u00e9 par une \u00e9conomie. En ceci on soup\u00e7onne davantage que l\u2019Etre n\u2019est que de l\u2019\u00ab\u00e9tant\u00bb, per\u00e7u depuis le concept de l\u2019avoir et du faire. Descartes \u00e9tait un touche \u00e0 tout de g\u00e9nie, avec son lot d\u2019approximations, d\u2019erreurs et d\u2019essais, qui a \u00e9galement trac\u00e9 le chemin franc-ma\u00e7onnique en faisant de l\u2019homme le centre de la raison et de l\u2019action.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">C&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 cette remise en question que les avancements de la m\u00e9canique rationnelle, auxquels vont contribuer Copernic (dont l&rsquo;\u0153uvre Des r\u00e9volutions des orbes c\u00e9lestes sera publi\u00e9e avant celle de Galil\u00e9e), K\u00e9pler, Newton, ont ouvert la porte au d\u00e9chiffrement de l&rsquo;invisible et lanc\u00e9 la nouvelle physique, la th\u00e9orie de la relativit\u00e9, la physique quantique, celle de l&rsquo;incertitude et de la probabilit\u00e9. Cette d\u00e9marche de la raison scientifique a \u00e9t\u00e9 reprise cent cinquante ans plus tard par Einstein, Heisenberg et d\u2019autres physiciens, math\u00e9maticiens et biologistes, pour mettre sur pied les th\u00e9ories d\u2019aujourd\u2019hui. Ceci pour dire que le cheminement des id\u00e9es et des concepts doit \u00e0 chaque fois \u00eatre compris et \u00eatre consolid\u00e9 avant de passer aux \u00e9tapes suivantes. La raison a ainsi re\u00e7u des outils suppl\u00e9mentaires<\/p>\n<p align=\"LEFT\">aidant \u00e0 la d\u00e9monstration scientifique, mais \u00e9galement politique. Dans ce dernier contexte Machiavel avait entrepris de montrer le r\u00f4le de la raison dans l\u2019activit\u00e9 de gouverner. La raison d\u2019Etat prenait toute sa place dans l\u2019action calcul\u00e9e. Si Clovis s\u2019\u00e9tait converti au christianisme, Henri IV au catholicisme, c\u2019\u00e9tait bien pour des raisons d\u2019Etat. Il fallait gagner la confiance et le consentement de la majorit\u00e9, d\u2019o\u00f9 le r\u00f4le de la raison dans la d\u00e9mocratie. La justification de l\u2019acte est support\u00e9e par une raison qui a sa valeur hic et nunc.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">A la m\u00eame \u00e9poque que Descartes, Arnauld et Nicole de l\u2019Ecole de Port-Royal, \u00e0 laquelle appartenait Pascal, \u00e9ditaient La Logique ou l\u2019Art de penser (1662). Cette logique analyse les quatre op\u00e9rations principales de l\u2019esprit: la formation des concepts, le jugement, le raisonnement et la validit\u00e9 des syllogismes. Celle-ci s\u2019ajoute \u00e0 leurs travaux sur la Grammaire g\u00e9n\u00e9rale et raisonn\u00e9e qui compl\u00e8te la r\u00e9flexion aristot\u00e9licienne sur le langage et le sens du discours, ce que nous appellerions maintenant le structuralisme linguistique. On per\u00e7oit l\u2019origine m\u00eame du langage de raison, le sens de la communication. L\u2019\u00e9laboration du discours, respectueuse de la syntaxe, doit refl\u00e9ter la pens\u00e9e rationnelle et reposer sur des r\u00e8gles admises et comprises.<\/p>\n<h2 align=\"LEFT\"><b>Au-del\u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes<\/b><\/h2>\n<p align=\"LEFT\">Jean de La Fontaine nous a laiss\u00e9 plusieurs textes de grande composition, tirant quelquefois leur origine d&rsquo;Esope. Notamment dans le contexte de la raison, la fameuse fable du Loup et de l&rsquo;agneau, le fameux vers \u00abla raison du plus fort est toujours la meilleure\u00bb, trop plagi\u00e9 (voire activ\u00e9) par les grands de ce monde. Rendu coupable injustement de troubler l&rsquo;eau dans laquelle souhaite se d\u00e9salt\u00e9rer le loup, le coupable agneau &#8211; objet de vengeance &#8211; devient la proie annonc\u00e9e du loup. N&rsquo;utilisons pas de mauvaises raisons pour satisfaire nos envies. Victor Hugo reprendra plus tard, \u00e0 contre-pied, cette maxime par \u00abO\u00f9 force domine, raison n&rsquo;a point de lieu\u00bb; il dira aussi : \u00abLa derni\u00e8re raison des rois: le boulet. La derni\u00e8re raison des peuples: le pav\u00e9\u00bb, se pr\u00e9parant sans doute \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture des Mis\u00e9rables.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">Autre philosophe marquant dans le registre de la raison: Leibniz. Une des th\u00e8ses centrales de sa doctrine est que rien n&rsquo;est fond\u00e9 sans raison, sans ordre, sans n\u00e9cessit\u00e9 absolue (soumise au principe de non-contradiction) ou sans n\u00e9cessit\u00e9 hypoth\u00e9tique. Malgr\u00e9 ces pr\u00e9misses emprunt\u00e9s \u00e0 la dualit\u00e9 cause-effet (origine de la doctrine de la force active) et sans doute par manque d&rsquo;\u00e9mancipation (libert\u00e9) intellectuelle, pour lui tout est conforme \u00e0 la r\u00e8gle du meilleur que Dieu a mis en place, \u00abTout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles\u00bb disait-il. Voltaire le fera dire \u00e0 Pangloss, le pr\u00e9cepteur de Candide, afin de railler cette philosophie positiviste et na\u00efve. Il faut cependant rendre hommage \u00e0<\/p>\n<p align=\"LEFT\">Leibniz pour avoir discern\u00e9 le principe de continuit\u00e9 et le principe des indiscernables, selon lequel il n&rsquo;y a jamais deux \u00eatres identiques dans la nature. Il existe toujours une diff\u00e9rence, f\u00fbtelle infinit\u00e9simale. Dans la vision leibnizienne, en mettant en valeur la vari\u00e9t\u00e9 infinie de l&rsquo;\u00eatre et du conna\u00eetre, tout s&rsquo;organise de fa\u00e7on \u00e0 donner une raison et un sens \u00e0 cette diversit\u00e9, c&rsquo;est l&rsquo;origine \u00abmonadique\u00bb(substance n\u00e9cessaire et parfaite) de tout, l&rsquo;unit\u00e9 \u00e9tant Dieu. Commencement premier et terme de la s\u00e9rie, seul Dieu a la notion compl\u00e8te de tout ce qui fut, est et sera. Dieu seul est l&rsquo;unit\u00e9 primitive ou la substance simple originaire dont toutes les monades &#8211; r\u00e9alit\u00e9s &#8211; sont des productions.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">Il nous semble alors que le dualisme questionr\u00e9ponse ne trouve pas de concept invariable, le recours \u00e0 Dieu est alors irr\u00e9m\u00e9diable et seul satisfaisant. La raison &#8211; ou tout au moins le raisonnement &#8211; n\u2019aboutit pas seule \u00e0 donner la r\u00e9ponse d\u00e9finitive et parfaite. Cette qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9 absolue, qu\u2019on croit n\u00e9cessaire, n\u2019est pas le seul jeu de la raison. Son entendement n\u00e9cessite la vaste palette de connaissance que seul l\u2019Etre supr\u00eame, comme le surnommait Robespierre, peut en disposer.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">En se d\u00e9marquant de Leibniz et de Wolf, Kant entreprit d&rsquo;approfondir la connaissance de l&rsquo;homme en analysant les possibilit\u00e9s de l&rsquo;esprit, afin de savoir de quoi celui-ci est capable. Dans la Critique de la raison pure (1781) il se propose de d\u00e9limiter l&rsquo;usage de la raison et comment elle aboutit \u00e0 un savoir. En pla\u00e7ant les choses autour de l&rsquo;esprit, le sujet pensant n&rsquo;est plus empirique mais universel, Kant dira transcendantal. \u00abSi la raison est sortie de l\u2019exp\u00e9rience, elle lui est devenue transcendantale\u00bb. Le \u00abje pense\u00bb devient formel, les concepts construits par l&rsquo;esprit deviennent des modes d&rsquo;unification. Les concepts g\u00e9n\u00e9raux et complexes vont prendre une place cat\u00e9gorielle, ainsi \u00e0 travers la perception de nos sens et le synth\u00e9tisme cognitif (de l&rsquo;esprit) a priori (ou encore intuitivement) l&rsquo;ensemble conceptuel prendra forme. Ainsi l&rsquo;intuition entre dans le sch\u00e9ma fonctionnel de la raison. Au-del\u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes, il y a donc les choses en soi, les noum\u00e8nes, que nous int\u00e9grons dans notre pens\u00e9e, sans les conna\u00eetre objectivement. Cette r\u00e9alit\u00e9 noum\u00e9nale que nous ne pouvons conna\u00eetre par la raison th\u00e9orique, nous pouvons l&rsquo;atteindre par la raison pratique (Critique de la raison pratique, 1788). Dans les Fondements de la m\u00e9taphysique des m\u0153urs, Kant introduit la morale, mati\u00e8re qui comme la science doit \u00eatre fond\u00e9e sur des bases soci\u00e9tales intelligibles. Dans ce contexte, on d\u00e9couvre que l&rsquo;autorit\u00e9 du devoir n&rsquo;est autre que celle de la raison pratique et que celle-ci n&rsquo;est pas subordonn\u00e9e \u00e0 un commandement ext\u00e9rieur mais qu&rsquo;elle r\u00e9sulte d&rsquo;une autonomie morale individuelle.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">La nature profonde de la raison, qui prescrit les lois, est l\u00e9gislatrice a priori. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat pratique est-il l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la raison? Les noum\u00e8nes, qui donnent tous leurs sens \u00e0 des postulats tels que: l&rsquo;existence de Dieu, la libert\u00e9 humaine, l&rsquo;immortalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me, hissent l&rsquo;homme dans la dualit\u00e9 de la sensibilit\u00e9 et de l&rsquo;intelligence. De fait le sensible est intellectualis\u00e9 et l&rsquo;intelligence sensibilis\u00e9e. Si dans son dernier ouvrage La religion dans les limites de la simple raison (1793) Kant laisse entendre que la religion est essentiellement morale et qu&rsquo;elle porte \u00absur l&rsquo;objet entier de la volont\u00e9\u00bb, cet objet, synth\u00e8se de la vertu et du bonheur, se m\u00e9rite par un moyen: faire son devoir. Kant se pr\u00e9occupe plus en cela de l&rsquo;effort de l&rsquo;homme que de l&rsquo;aide divine. La philosophie de Kant est celle de la finitude humaine, elle exalte la raison. C&rsquo;est un jeu intellectuel dont l&rsquo;objectif est la destination totale de l&rsquo;homme. \u00abJe suis venu limiter le savoir pour faire place \u00e0 la croyance\u00bb, qui pour lui est encore rationnelle!<\/p>\n<p align=\"LEFT\">A la mani\u00e8re sophiste on pourrait dire qu\u2019effectivement la croyance est rationnelle car elle est issue de l\u2019homme et que celui-ci est raisonnable. Syllogisme basique dont se nourrissaient les philosophes antiques. Du style \u00abl\u2019homme est mortel, or Socrate est un homme, donc Socrate est mortel\u00bb. La logique de raisonnement qui contient les trois propositions (la majeure, la mineure et la conclusion), \u00e9tablissait alors le discours et la convergence vers une conclusion minimale irr\u00e9futable par l\u2019ensemble. C\u2019est pratiquement sur cette base math\u00e9matique que s\u2019\u00e9non\u00e7aient alors les th\u00e9or\u00e8mes de physique ou math\u00e9matiques, \u00e0 la limite de l\u2019axiomatique, base de la th\u00e9orie d\u00e9ductive, voire une v\u00e9rit\u00e9 qui s\u2019impose avec \u00e9vidence et est admise sans d\u00e9monstration .<\/p>\n<p align=\"LEFT\">E. Kant, qui sera suivi par M. Heidegger, dans l\u2019expression du mod\u00e8le m\u00e9taphysique, a largement contribu\u00e9 \u00e0 travers des d\u00e9monstrations ardues \u00e0 faire accepter l\u2019intuition au m\u00eame niveau que la d\u00e9duction. C\u2019est par cette reconnaissance des noum\u00e8nes que le myst\u00e8re demeure, et surtout que le doute subsiste, que la recherche se poursuit. L\u2019irrationnel est substance du rationnel. La confrontation \u00e0 l\u2019inacceptable est source de progr\u00e8s. On est amen\u00e9 \u00e0 la raison, au raisonnable, par la constatation de l\u2019irrecevabilit\u00e9 morale. Raison n\u2019est comparaison, mais ce sont par des \u00abtouches\u00bb de comparaison que nous faisons avancer le progr\u00e8s social et l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les hommes.<\/p>\n<h2 align=\"LEFT\"><b>La perception de l&rsquo;objectif<\/b><\/h2>\n<p align=\"LEFT\">Il y a eu le culte de la Raison pr\u00e9conis\u00e9 par Chaumette pendant la R\u00e9volution fran\u00e7aise et repris par Robespierre pour devenir le culte de l&rsquo;Etre supr\u00eame. La Convention a essay\u00e9 de la mettre en pratique comme une religion rationaliste et transforma les \u00e9glises, Notre-Damede- Paris en particulier, en temples de la raison. Sur les autels il y avait la d\u00e9esse Raison. Dans ce contexte on br\u00fbla lors d\u2019une f\u00eate, le 10 novembre 1793, une statue pr\u00e9figurant l\u2019ath\u00e9isme. Le rationalisme ne se s\u00e9pare pas de la partie noum\u00e9nale aussi facilement, m\u00eame dans une phase de violence extr\u00eame o\u00f9 la tentation de l\u2019irrationnel est vive. C\u2019est par manque de consolidation analytique que la raison accept\u00e9e devient le refuge intemporel. La peur du changement irr\u00e9versible, dont les cons\u00e9quences ne sont ni perceptibles ni garanties, agit sur l\u2019action pour la ramener au raisonnable et au consensus de la \u00abv\u00e9rit\u00e9 populaire\u00bb. Cette d\u00e9marche du bon sens peut freiner la cr\u00e9ation et le l\u00e9gislatif progressiste, mais elle conserve l\u2019acquis et homog\u00e9n\u00e9ise, avec le temps, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la connaissance. C\u2019est ce que nous appellerions la sagesse populaire.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">Ce qui nous fait dire aujourd&rsquo;hui que la raison c&rsquo;est \u00eatre. Mais ce n&rsquo;est pas v\u00e9rit\u00e9. La r\u00e9flexion qui nous a amen\u00e9 \u00e0 prendre la \u00abraison\u00bb comme th\u00e8me d&rsquo;\u00e9tude repose sur l&rsquo;engagement, la perception de l&rsquo;objectif, la recherche d&rsquo;un id\u00e9al, une d\u00e9monstration document\u00e9e de notre d\u00e9marche, une aide \u00e0 l&rsquo;acceptation de notre choix. Finalement une justification de celui-ci, m\u00eame s&rsquo;il y entre une dose d&rsquo;intuition. L&rsquo;\u0153uvre de la raison consiste \u00e0 conqu\u00e9rir une connaissance de plus en plus compl\u00e8te de toute chose et singuli\u00e8rement de soi-m\u00eame, qui est une partie de l&rsquo;univers. Spinoza disait: \u00ab Ne pas rire, ni se lamenter, ni ha\u00efr (le mal), mais comprendre\u00bb, auquel nous pourrions ajouter agir, donc \u00eatre, alors nous obtiendrions une d\u00e9finition acceptable de l&rsquo;attitude rationnelle du franc-ma\u00e7on. On constate que c&rsquo;est \u00e0 travers des approches diverses que nous arrivons \u00e0 acc\u00e9der, par ratio, \u00e0 exprimer ce qu&rsquo;est la raison. Platon dans les dialogues transcrivait les id\u00e9es de Socrate, sa logique, sa d\u00e9marche intellectuelle o\u00f9 les concepts s&#8217;embo\u00eetent les uns dans les autres pour aboutir, apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9preuve de la recevabilit\u00e9, au concept d&rsquo;universalit\u00e9. C&rsquo;est donc \u00e0 la r\u00e9sultante des accords que nous trouvons, selon la force des arguments de chacun et son degr\u00e9 d&rsquo;acceptabilit\u00e9, une part de v\u00e9rit\u00e9 temporelle qui fera office de future hypoth\u00e8se de travail, voire de solution d\u00e9cisionnelle. Celle-ci, li\u00e9e au moment, sera sans cesse mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve, car les temps changent et ce qui est vrai ou accept\u00e9 aujourd&rsquo;hui ne l&rsquo;est pas forc\u00e9ment demain. Ainsi on d\u00e9fendra son point de vue, \u00e9clair\u00e9 par la connaissance nouvellement admise, \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;arguments aff\u00fbt\u00e9s, afin de convaincre l&rsquo;autre de notre bon sens \u00e9tay\u00e9 par une d\u00e9monstration qui tient du scientifique.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">On peut entrevoir le fonctionnement de la raison comme la suite de ricochets que fera une pierre \u00e0 la surface de l&rsquo;eau. Les rebonds successifs sont autant d&rsquo;id\u00e9es (\u00e9nergie) apport\u00e9es au discours (trajectoire) pour que le consensus (objectif) soit atteint. Plus le nombre de rebonds sera grand, plus l&rsquo;acceptabilit\u00e9 de la formulation finale sera \u00e9lev\u00e9e, car elle sera le reflet des multiples facettes de la v\u00e9rit\u00e9, du nombre et de la diversit\u00e9 des individus.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abRaisonner est l\u2019emploi de toute ma maison\/Et le raisonnement en bannit la raison\u00bb (Moli\u00e8re) LOGE LA CONSTANCE, AUBONNE\u00a0(Revue ma\u00e7onnique suisse: [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[21],"tags":[],"class_list":["post-1227","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classifiee"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1227","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1227"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1227\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1228,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1227\/revisions\/1228"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1227"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1227"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1227"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}