{"id":1244,"date":"2003-12-12T15:52:48","date_gmt":"2003-12-12T14:52:48","guid":{"rendered":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/?p=1244"},"modified":"2017-10-13T11:17:18","modified_gmt":"2017-10-13T09:17:18","slug":"si-seuls-devant-linfini","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/si-seuls-devant-linfini\/","title":{"rendered":"Si seuls devant l\u2019infini"},"content":{"rendered":"<h2><b>La Vo\u00fbte c\u00e9leste: stupeur et fascination<\/b><\/h2>\n<p><b>D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale les relations d\u2019exp\u00e9riences personnelles ne sont pas d\u2019usage dans ces colonnes, cependant des souvenirs surgissent parfois au d\u00e9tour de la m\u00e9moire, sans pr\u00e9venir, forme d\u2019analepse dans le r\u00e9cit de la vie, de \u00abflash-back\u00bb \u00e9clair\u00e9s sur un point pr\u00e9cis du pass\u00e9.<\/b><\/p>\n<p><i>M. W. (Revue ma\u00e7onnique suisse: d\u00e9cembre 2003)<\/i><\/p>\n<p>Disons en souriant, un quelque chose de subliminal retrouv\u00e9 par association d\u2019id\u00e9es: celle du th\u00e8me de ce num\u00e9ro d\u2019Alpina et un point \u00abx\u00bb, loin derri\u00e8re, dans le cours des choses. Qu\u2019on veuille bien pardonner, donc, d\u2019\u00e9voquer un souvenir.<\/p>\n<p>Quiconque n\u2019a pas regard\u00e9, solitaire, la vo\u00fbte \u00e9toil\u00e9e, par une nuit sans lune, sans vent, entour\u00e9 de vide, ce vide min\u00e9ral du Sahara central, aura peut-\u00eatre du mal \u00e0 imaginer ce qu\u2019on ne peut dire que maladroitement avec des mots. Il y a une trentaine d\u2019ann\u00e9es, au cours d\u2019une mission de recherches pal\u00e9olithiques, nous dormions \u00ab\u00e0 la belle \u00e9toile\u00bb (l\u2019expression prend ici toute sa valeur). Je luttais dans mon duvet contre la morsure du froid. Nous \u00e9tions approximativement \u00e0 l\u2019intersection d\u2019une longitude 7\u00b0 Est et d\u2019une latitude 23\u00b0 Nord (sensiblement celle du tropique du Cancer), c\u2019est\u00e0- dire \u00e9quidistant du Hoggar et du Tassili (mais cela est finalement sans int\u00e9r\u00eat). La nuit tomb\u00e9e, nous avions observ\u00e9 la n\u00e9buleuse d\u2019Androm\u00e8de (2.106 al.), gr\u00e2ce au t\u00e9lescope l\u00e9ger d\u2019un membre du Centre National Fran\u00e7ais de la Recherche Scientifique qui nous accompagnait. La rigoureuse platitude du sol, l\u2019absence totale de relief, offraient \u00e0 la vue un angle d\u2019observation de 180\u00b0 sur 360\u00b0. La puret\u00e9 de l\u2019atmosph\u00e8re terrestre \u00e0 cet endroit permettait de distinguer avec une incroyable nettet\u00e9 des \u00e9toiles tangentielles \u00e0 l\u2019horizon aussi clairement que celles au z\u00e9nith. Les \u00e9toiles de faibles magnitudes \u00e9taient visibles; des milliers d\u2019astres brillaient et scintillaient dans un silence total; pas le moindre cri d\u2019oiseau ou aboiement de chien. Absolument rien.<\/p>\n<h2><b>L\u2019inexistence de l\u2019existence<\/b><\/h2>\n<p>Nous \u00e9tions un groupe d\u2019hommes isol\u00e9s \u00e0 la recherche de solitude et de paix. Pas \u00e2mes qui vivent \u00e0 plusieurs centaines de kilom\u00e8tres \u00e0 la ronde. Nous couchions \u00e0 m\u00eame le sol, \u00e9loign\u00e9s les uns des autres. Adoss\u00e9 \u00e0 la terre, j\u2019observais le ciel et je me sentais devenir l\u2019objet d\u2019un envo\u00fbtement. J\u2019\u00e9prouvais comme le vertige de tomber dans l\u2019hypnose, une chute dans le n\u00e9ant, un face-\u00e0-face avec l\u2019infini; le spectacle de \u00abl\u2019invraisemblable machine immobile \u00bb se d\u00e9roulait devant moi avec une intensit\u00e9 que je n\u2019avais jamais connue et que je ne conna\u00eetrai jamais plus. J\u2019\u00e9tais devant un myst\u00e8re, fascin\u00e9, prenant petit-\u00e0-petit conscience de l\u2019inexistence de l\u2019existence, de la futilit\u00e9 de l\u2019\u00e9tincelle de vie humaine face au non-temps, \u00e0 l\u2019impalpable.<\/p>\n<p>Dans le courant de la journ\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, nous avions trouv\u00e9 sur un tumulus perdu dans cette immensit\u00e9 des silex taill\u00e9s en forme de haches, des pointes de fl\u00e8ches, des objets de pierre que personne, absolument personne, n\u2019avait vu ni touch\u00e9 depuis cinquante mille ans, et je pensais que celui qui avait eu en main ces objets, un jour lointain, avait pu voir, au-dessus de sa t\u00eate, tr\u00e8s exactement ce que je voyais \u00e0 l\u2019instant m\u00eame.<\/p>\n<h2><b>Une intelligence qui ne comprend pas<\/b><\/h2>\n<p>Se posa soudain \u00e0 moi, violemment, la question de Dieu, de la \u00abCause premi\u00e8re\u00bb, non pas sous une forme th\u00e9ologique, mais sous celle d\u2019une interrogation spirituelle. Me revinrent alors en m\u00e9moire les mots de Carl Sagan dans son introduction \u00e0 Une br\u00e8ve histoire du Temps de Stephen W. Hawking, o\u00f9 il dit: \u00abC\u2019est aussi un livre sur Dieu\u2026 ou peut-\u00eatre sur l\u2019absence de Dieu. Le mot Dieu emplit ces pages. Hawking s\u2019embarque dans une recherche pour r\u00e9pondre \u00e0 la fameuse question d\u2019Einstein se demandant si Dieu avait fait un choix en cr\u00e9ant l\u2019univers. Hawking essaie, et il le dit explicitement, de comprendre la pens\u00e9e de Dieu\u00bb. Cela me rassure toujours aujourd\u2019hui : Hawking essaie de comprendre la pens\u00e9e de Dieu\u2026 et il n\u2019y parvient pas. Dans cette intensit\u00e9 de la pens\u00e9e humaine, les notions de croyance ou de foi sont tout naturellement estomp\u00e9es, d\u00e9pass\u00e9es. Celle de l\u2019existence pos\u00e9e sous la forme d\u2019une intelligence qui ne comprend pas. \u00c0 quelle distance se trouve Dieu dans cette infinitude ? Quel type de t\u00e9lescope me faudrait-il pour apercevoir son tr\u00f4ne ? La r\u00e9ponse &#8211; si tant est que c\u2019en soit une, car elle est si personnelle !\u2026 &#8211; r\u00e9side dans ce sentiment ind\u00e9fini d\u2019une \u00e9troite imbrication du microcosme et du macrocosme, dans cette impossible d\u00e9finition humaine d\u2019une notion de temps et d\u2019espace terrestre, dans cette vision lucide et fulgurante d\u2019une proximit\u00e9 imm\u00e9diate &#8211; et si lointaine \u00e0 la fois &#8211; avec le Grand Ordonnateur et de son myst\u00e8re. En reichit, en soph (sans commencement, sans fin).<\/p>\n<p>Ce qui m\u2019appara\u00eet toujours avec clart\u00e9 est la perception, primitive, instinctive, de la nature cosmique de la cr\u00e9ature humaine. Les Indiens Crows d\u2019Am\u00e9rique du Nord, lesquels, comme toute peuplade primitive, ont gard\u00e9 un sens originel et pur de la tradition, se soucient de r\u00e9gler le rythme de leur vie sur celle de l\u2019Univers; leurs pratiques quotidiennes, le sens des valeurs et celui de l\u2019\u00e9thique, reposent sur des croyances et une philosophie des origines, directement inspir\u00e9es de l\u2019organisation de cette vo\u00fbte \u00e9toil\u00e9e.<\/p>\n<h2><b>Si d\u00e9pendants les uns des autres<\/b><\/h2>\n<p>La vo\u00fbte \u00e9toil\u00e9e est commune \u00e0 tous. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une appartenance singuli\u00e8re \u00e0 quelques-uns. C\u2019est sans doute la seule \u00abchose\u00bb que tous les peuples du monde partagent sans \u00e9quivoque, mais curieusement ceux qui rampent, aveugles, \u00e0 la surface de cette plan\u00e8te \u00e0 la recherche futile de satisfactions imm\u00e9diates et toujours insuffisantes, ou prompts \u00e0 r\u00e9gler leurs diff\u00e9rends \u00e0 coups de bombes, oublient si souvent de lever la t\u00eate et de la regarder, cette vo\u00fbte\u2026 L\u2019effroi devant l\u2019infini les envahirait, et, pour les plus heureux d\u2019entre eux, un grand \u00e9clat de rire les saisirait devant la futilit\u00e9 de leur comportement. Il est \u00e9trange d\u2019observer le formidable \u00e9lan d\u2019humanit\u00e9 poussant les uns vers les autres, lorsqu\u2019un cataclysme tellurique ou m\u00e9t\u00e9orique se produit quelque part sur la plan\u00e8te. Comme il s\u2019agit d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne exog\u00e8ne, ind\u00e9pendant de son pouvoir de destruction propre, une peur visc\u00e9rale, animale, celle de l\u2019impuissance humaine se manifestant devant l\u2019impr\u00e9visible, s\u2019installe chez l\u2019homme, redevenu pour un temps \u00abl\u2019homme adamique\u00bb, capable de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, d\u2019amour, d\u2019abn\u00e9gation.<\/p>\n<p>La vo\u00fbte \u00e9toil\u00e9e est comme le toit d\u2019une chapelle. Symbole de l\u2019obscurit\u00e9 dans laquelle nous sommes tous, dans laquelle nous avan\u00e7ons tous \u00e0 t\u00e2tons; elle nous invite \u00e0 tous nous rassembler &#8211; peu importe que nous soyons ma\u00e7ons ou que nous ne le soyons pas -, \u00e0 nous tenir les uns pr\u00e8s des autres pour avancer dans notre nuit vers la lumi\u00e8re. Dans ce silence sid\u00e9ral, devant ce spectacle cosmique, nous sommes dans l\u2019attente d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation du Myst\u00e8re de Dieu, invit\u00e9s \u00e0 la plus grande humilit\u00e9, si seuls devant l\u2019infini et si d\u00e9pendants les uns des autres.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Vo\u00fbte c\u00e9leste: stupeur et fascination D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale les relations d\u2019exp\u00e9riences personnelles ne sont pas d\u2019usage dans ces colonnes, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[21],"tags":[],"class_list":["post-1244","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classifiee"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1244","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1244"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1244\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1245,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1244\/revisions\/1245"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1244"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1244"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1244"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}