{"id":1313,"date":"2005-08-12T16:35:50","date_gmt":"2005-08-12T14:35:50","guid":{"rendered":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/?p=1313"},"modified":"2017-10-13T11:17:16","modified_gmt":"2017-10-13T09:17:16","slug":"la-figure-feminine-du-divin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/la-figure-feminine-du-divin\/","title":{"rendered":"La figure f\u00e9minine du divin"},"content":{"rendered":"<h2>Face cach\u00e9e de l\u2019\u00e2me et passage oblig\u00e9 de la qu\u00eate initiatique<\/h2>\n<p><b>La fusion du masculin et du f\u00e9minin est un des buts de la qu\u00eate initiatique. L\u2019union de l\u2019homme et de la femme n\u2019en est qu\u2019un reflet symbolique. La seconde est fian\u00e7ailles, la premi\u00e8re est noce.<\/b><\/p>\n<p><i>J.-P. A., Union des Coeurs &#8211; Gen\u00e8ve (Revue ma\u00e7onnique suisse: ao\u00fbt\/septembre 2005)<\/i><\/p>\n<p>Evoquer aujourd\u2019hui la franc-ma\u00e7onnerie et la femme conduit immanquablement ma\u00e7ons ou profanes \u00e0 s\u2019interroger, pol\u00e9miquer m\u00eame sur ce que d\u2019aucuns consid\u00e8rent comme un ostracisme archa\u00efque et d\u2019autres comme une intangible tradition: la non-mixit\u00e9 de la ma\u00e7onnerie r\u00e9guli\u00e8re et la non-reconnaissance par celle-ci de la ma\u00e7onnerie f\u00e9minine. Ces questions, pour br\u00fblantes qu\u2019elles paraissent \u00e0 la raison contemporaine, sont loin de couvrir l\u2019entier du th\u00e8me. Osons m\u00eame dire d\u2019embl\u00e9e qu\u2019aux yeux de l\u2019initi\u00e9, dans la perspective notamment de la ma\u00e7onnerie spiritualiste du R\u00e9gime \u00e9cossais rectifi\u00e9, de telles questions n\u2019ont qu\u2019une importance secondaire. Car par nature symboliste et initiatique, donc fondamentalement orient\u00e9e vers le spirituel, la franc-ma\u00e7onnerie invite d\u2019abord \u00e0 comprendre le r\u00f4le du f\u00e9minin dans la qu\u00eate initiatique, le d\u00e9veloppement personnel et le travail spirituel; cela avant de penser la place de la femme dans l\u2019initiation ma\u00e7onnique. Cette approche, qui est celle du pr\u00e9sent article et en explique le titre, n\u2019exclut toutefois pas quelques r\u00e9flexions pr\u00e9alables sur cette derni\u00e8re question.<\/p>\n<h2>Critique profane et regard initiatique<\/h2>\n<p>Homme et femme sont sans conteste \u00e9gaux sur le plan de l\u2019esprit. Les femmes peuvent acc\u00e9der aux plus hautes v\u00e9rit\u00e9s transcendantes, rayonner d\u2019une profonde autorit\u00e9 morale ou spirituelle, et rien \u00e0 cet \u00e9gard ne justifie qu\u2019elles soient priv\u00e9es du sacerdoce, dont les \u00e9cartent pour d\u2019autres raisons de nombreuses religions. La femme est donc indiscutablement initiable. Restent toutefois ouvertes les questions de savoir si la nature de l\u2019initiation f\u00e9minine est diff\u00e9rente, si la franc-ma\u00e7onnerie est une voie appropri\u00e9e aux femmes ou encore si l\u2019initiation et, partant, la ma\u00e7onnerie peuvent \u00eatre mixtes.<\/p>\n<p>Notre \u00e9poque peine \u00e0 distinguer \u00e9galit\u00e9 des sexes et confusion des genres. La pens\u00e9e dominante r\u00e9cuse toute diff\u00e9rentiation des r\u00f4les sociaux fond\u00e9e sur le sexe et pr\u00f4ne la mixit\u00e9 dans tous les domaines. Aussi, le caract\u00e8re exclusivement masculin de la ma\u00e7onnerie r\u00e9guli\u00e8re et celui majoritairement non-mixte des autres ob\u00e9diences suscitent-ils incompr\u00e9hension et critiques allant jusqu\u2019au grief d\u2019archa\u00efsme patriarcal ou de sexisme sectaire. La mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart des femmes ou le rejet de la mixit\u00e9 peuvent certes para\u00eetre oppos\u00e9s \u00e0 l\u2019universalisme de la ma\u00e7onnerie, contraires \u00e0 une fraternit\u00e9 exempte de s\u00e9gr\u00e9gation. Mais cette situation d\u00e9coule \u00e0 la fois de la tradition, \u00e0 laquelle sont fonci\u00e8rement attach\u00e9s les ma\u00e7ons, et de la volont\u00e9 de ceux-ci, dans leur actuelle majorit\u00e9.<\/p>\n<p>Les explications profanes \u00e0 cette attitude de la ma\u00e7onnerie envers les femmes ne manquent pas. Des sociologues y verront une survivance de la division sexuelle des t\u00e2ches sociales et du travail, un avatar de l\u2019appropriation du savoir et du pouvoir par une classe. Des anthropologues diront que les rites initiatiques des tribus primitives ont en particulier pour but l\u2019identification sexuelle et l\u2019int\u00e9gration communautaire, qu\u2019historiquement l\u2019initiation des hommes et des femmes a toujours \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9e. Des psychanalystes freudiens r\u00e9duiront cette attitude \u00e0 un tabou n\u00e9 du refoulement de la libido ou \u00e0 une forme de r\u00e9solution du complexe d\u2019OEdipe. Des moralistes enfin y chercheront l\u2019empreinte d\u2019un id\u00e9al asc\u00e9tique universel de d\u00e9passement des d\u00e9sirs et de chastet\u00e9, de d\u00e9livrance des contingences terrestres.<\/p>\n<p>Plus prosa\u00efquement, nombre de francs-ma\u00e7ons, et des ma\u00e7onnes aussi, consid\u00e8rent la non-mixit\u00e9 en loge comme relevant de la sagesse pratique. Au regard notamment de la morale ma\u00e7onnique, les risques de la fraternit\u00e9 entre sexes sont \u00e9vidents. L\u00e9gitime est donc le souci d\u2019\u00e9viter le d\u00e9sordre des sentiments et les tentations de la chair; comme celui de rassurer son partenaire ou pr\u00e9server sa famille. Les faiblesses des hommes \u00e9tant ce qu\u2019elles sont, et celles des femmes n\u2019\u00e9tant pas moindres, la pr\u00e9sence de l\u2019autre sexe perturbe souvent pens\u00e9e et comportement; le travail ma\u00e7onnique rituel, intellectuel ou spirituel peut s\u2019en trouver parasit\u00e9. Notre monde est de plus en plus mixte, mais hommes et femmes n\u2019en restent pas moins prisonniers de leur image; au del\u00e0 des plaisirs conviviaux, le partage entre personnes du m\u00eame sexe, sans le masque port\u00e9 devant l\u2019autre, a une valeur positive.<\/p>\n<p>Ces critiques, explications profanes ou justifications pratiques ne permettent cependant pas de prendre la vraie mesure des rapports entre ma\u00e7onnerie et femme. Elles suscitent des d\u00e9bats relevant d\u2019ordinaire plus du politique que de l\u2019initiatique, st\u00e9riles car elles ignorent ce qui est pour nous essentiel: le sens du f\u00e9minin dans les trois dimensions, symbolique, psychologique et spirituelle de la franc-ma\u00e7onnerie. Or pour d\u00e9couvrir ce sens, propre \u00e0 clarifier et relativiser le probl\u00e8me des relations entre hommes et femmes en ma\u00e7onnerie, ce n\u2019est pas dans quelque direction sociologique ou pragmatique qu\u2019il faut chercher, mais dans la profondeur de l\u2019\u00e2me humaine, dans les fondements et l\u2019histoire de la pens\u00e9e religieuse, dans la sagesse.<\/p>\n<h2>Le f\u00e9minin dans la symbolique ma\u00e7onnique<\/h2>\n<p>Le symbolisme ma\u00e7onnique, avec notamment ses nombreuses r\u00e9f\u00e9rences op\u00e9ratives, ne pr\u00e9sente apparemment rien de f\u00e9minin. Cela tient certes a l\u2019origine typiquement masculine de notre tradition puisque nous disons \u00eatre les descendants \u00e0 la fois des b\u00e2tisseurs et des chevaliers. Mais cela tient aussi \u00e0 nos racines religieuses, la tradition jud\u00e9o-chr\u00e9tienne qui laisse fort peu de place au f\u00e9minin et dont l\u2019image de la divinit\u00e9 est exclusivement masculine. Apparence seulement, car \u00e0 y regarder de plus pr\u00e8s le symbolisme ma\u00e7onnique, comme celui de la religion, cache une dimension f\u00e9minine qu\u2019il importe de comprendre. On peut en donner quatre exemples.<\/p>\n<p>Les trois petites lumi\u00e8res \u00e9clairant la loge, ses fondements qui nous viennent de l\u2019\u00catre \u00e9ternel et infini, portent toutes des noms f\u00e9minins. La premi\u00e8re est la Sagesse. Or, on y reviendra, la sagesse divine occupe dans les derniers livres de l\u2019Ancien Testament une place tr\u00e8s importante et repr\u00e9sente la face f\u00e9minine de Dieu. Le Livre de la sagesse, dit de Salomon, la chante par exemple comme \u00able ma\u00eetre d\u2019oeuvre\u00bb et \u00abl\u2019artisane de l\u2019univers\u00bb; il dit notamment que \u00ables vertus sont les fruits de ses travaux car elle enseigne temp\u00e9rance et prudence, justice et fortitude\u00bb (Sg 7: 27-28, 8: 7). La basilique de Byzance, la Rome orthodoxe, \u00e9tait consacr\u00e9e \u00e0 Sainte Sophie, Sophia signifiant en grec la sagesse. La L\u00e9gende dor\u00e9e dit certes que Sophie \u00e9tait une vertueuse martyre, mais son texte montre clairement qu\u2019il s\u2019agit en r\u00e9alit\u00e9 de la sagesse divine puisqu\u2019il ajoute que Sainte Sophie avait \u00abtrois filles, la foi, l\u2019esp\u00e9rance et la charit\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p>A l\u2019Orient brillent le soleil et la lune, couple cosmique qui \u00e9voque le mariage divin, la hi\u00e9rogamie ch\u00e8re aussi bien aux religions antiques qu\u2019\u00e0 la tradition alchimique. Ce couple fait \u00e9galement pendant aux deux colonnes de l\u2019entr\u00e9e du temple qui repr\u00e9sentent notamment les deux p\u00f4les de la vie et de l\u2019\u00eatre. Dans de nombreuses repr\u00e9sentations de la crucifixion par la peinture m\u00e9di\u00e9vale, le soleil et la lune figurent au ciel, de chaque c\u00f4t\u00e9 de la t\u00eate du Christ. Souvent aussi ces deux astres sont au-dessus de Saint Jean et de Marie agenouill\u00e9s au pied de la croix, nouveau couple spirituel par la b\u00e9n\u00e9diction et l\u2019adoption. Les b\u00e2tisseurs de cath\u00e9drales avaient du reste une pr\u00e9dilection pour la d\u00e9dicace de leurs oeuvres \u00e0 Saint Jean ou \u00e0 Notre Dame, tout comme les Templiers. Cela \u00e0 l\u2019\u00e9poque m\u00eame de l\u2019amour courtois, o\u00f9 la dame \u00e9tait bien plus un id\u00e9al spirituel qu\u2019une femme de chair.<\/p>\n<p>Sur nos autels la Bible est ouverte au Prologue de Jean, texte consacr\u00e9 au Verbe, le Logos de Dieu. Or, m\u00eame si selon la th\u00e9ologie le Verbe est assimil\u00e9 au Christ, le Logos du Prologue s\u2019identifie \u00e0 plusieurs \u00e9gards \u00e0 la Parole comme Esprit-Saint, en particulier \u00e0 l\u2019esprit f\u00e9minin de Dieu, la Sophia. En effet, le Verbe selon le Prologue pr\u00e9sente des analogies extr\u00eamement frappantes avec la Sagesse divine telle qu\u2019elle est d\u00e9crite dans l\u2019Ancien Testament. La Sagesse y dit d\u2019elle-m\u00eame qu\u2019elle fut \u00ab\u00e9tablie depuis l\u2019\u00e9ternit\u00e9\u2026 d\u00e8s le commencement\u2026 aux c\u00f4t\u00e9s\u00bb de l\u2019Eternel (Pr 8: 22-23, 30), que sa \u00absource est la Parole de Dieu dans les cieux\u00bb et qu\u2019elle est \u00abla m\u00e8re du pur amour\u00bb (Si 1: 5; 24: 17). Salomon dit d\u2019elle en s\u2019adressant \u00e0 Dieu: \u00abTu avais donn\u00e9 toi-m\u00eame la Sagesse\u2026 envoy\u00e9 d\u2019en haut ton Saint Esprit\u2026\u00bb, et les hommes furent ainsi \u00abinstruits et sauv\u00e9s par la Sagesse divine\u00bb (Sg 9: 10, 17).<\/p>\n<p>Le temple de Salomon, figure embl\u00e9matique de la ma\u00e7onnerie, d\u00e9truit puis reconstruit apr\u00e8s l\u2019exil, \u00e9voque bibliquement les noces entre Dieu et son peuple, peuple symbolis\u00e9 par J\u00e9rusalem, f\u00e9minine comme toute cit\u00e9. Le proph\u00e8te dit ainsi d\u2019elle: \u00abResurgis, remets-toi debout J\u00e9rusalem\u2026 toi, st\u00e9rile qui n\u2019enfantais plus, explose et vibre\u2026 ton veuvage, tu ne t\u2019en souviendras plus\u2026 car ton \u00e9poux, le Seigneur tout-puissant, t\u2019a rappel\u00e9e\u00bb (Es 51: 17; 54: 1-8). Noces encore celles de la nouvelle J\u00e9rusalem c\u00e9leste de l\u2019Apocalypse, d\u00e9crite par Jean \u00abcomme une \u00e9pouse qui s\u2019est par\u00e9e pour son \u00e9poux\u00bb, v\u00eatue \u00abd\u2019un lin resplendissant et pur\u00bb, pr\u00eate pour les \u00abnoces\u00bb, \u00abla fianc\u00e9e, l\u2019\u00e9pouse de l\u2019agneau\u00bb (Ap 19: 7-8; 21: 2, 9). Temple et cit\u00e9 sainte sont donc lieux de noces, d\u2019union symbolique du masculin et du f\u00e9minin.<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019aspect f\u00e9minin du sacr\u00e9 est r\u00e9ellement pr\u00e9sent dans la profondeur de notre symbolisme, et il appara\u00eet m\u00eame d\u2019une importance qui n\u2019est pas secondaire. Mais alors, pourquoi cet aspect f\u00e9minin est-il si discret et pourquoi est-il largement \u00e9cart\u00e9 de nos r\u00e9flexions symboliques? La pr\u00e9dominance masculine dans notre symbolisme n\u2019a pas pour seules bases des distinctions d\u00e9coulant du travail artisanal ou du combat chevaleresque. Elle ne s\u2019explique pas non plus comme un simple reflet de la condition f\u00e9minine dans les soci\u00e9t\u00e9s patriarcales du temps biblique ou du Moyen Age. Elle plonge ses racines bien plus loin, dans la profondeur de la psych\u00e9 humaine et dans les fondements de la pens\u00e9e religieuse.<\/p>\n<h2>La face f\u00e9minine de l\u2019\u00e2me<\/h2>\n<p>L\u2019apparente mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart du f\u00e9minin dans la tradition, puis sa r\u00e9surgence \u00e9pisodique, doit \u00eatre comprise sur deux plans. D\u2019une part celui du cheminement psychologique de l\u2019\u00e2me individuelle vers sa compl\u00e9tude, d\u2019autre part celui du d\u00e9veloppement de la conscience religieuse de l\u2019humanit\u00e9. Or, sur ces deux plans, le refoulement \u2013 temporaire &#8211; du f\u00e9minin correspond \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 une phase naturelle. L\u2019\u00e2me humaine, la psych\u00e9 de l\u2019homme comme de la femme, poss\u00e8de deux p\u00f4les, l\u2019un correspondant \u00e0 des qualit\u00e9s symboliquement f\u00e9minines, comme l\u2019intuition ou la sensibilit\u00e9, l\u2019autre \u00e0 des qualit\u00e9s symboliquement masculines, comme la logique ou la construction. Cette dualit\u00e9, qui recouvre en partie aussi celle de l\u2019inconscient et du conscient, on la voit notamment exprim\u00e9e dans la lune et le soleil qui brillent \u00e0 l\u2019Orient, ou dans les deux colonnes \u00e0 l\u2019Occident. L\u2019\u00e9quilibre entre ces deux p\u00f4les est le fondement de l\u2019\u00eatre, leur harmonie est son accomplissement.<\/p>\n<p>Mais une fois incarn\u00e9s dans le monde, rev\u00eatus de leur sexe physique, l\u2019homme et la femme doivent chacun assumer cette identit\u00e9. Il leur faut avant tout, dans leur existence et leur conscience, mettre en valeur le p\u00f4le masculin ou f\u00e9minin qui correspond \u00e0 leur sexe. Il s\u2019ensuit que la partie compl\u00e9mentaire de l\u2019\u00eatre qui ne s\u2019identifie pas au sexe reste largement dans l\u2019ombre, refoul\u00e9e le plus souvent dans l\u2019inconscient. Cette face cach\u00e9e est ce qu\u2019on appelle l\u2019anima ou l\u2019animus. L\u2019anima est la face f\u00e9minine de la psych\u00e9 de l\u2019homme, l\u2019animus la face masculine de la psych\u00e9 de la femme. L\u2019homme et la femme sont ici dans une situation identique, simplement invers\u00e9e. Toutefois, chez l\u2019\u00eatre humain, quel que soit son sexe, la conscience et la raison se rattachent symboliquement \u00e0 l\u2019aspect masculin de la personnalit\u00e9, alors que l\u2019inconscient et le spirituel se rattachent \u00e0 son aspect f\u00e9minin. Or, dans l\u2019\u00e9volution naturelle de la personne ou de l\u2019humanit\u00e9, la conscience et la raison se d\u00e9veloppent d\u2019abord, au d\u00e9triment de l\u2019inconscient et du spirituel. Pour cette raison, c\u2019est l\u2019anima cach\u00e9e de l\u2019homme qui est prise comme mod\u00e8le g\u00e9n\u00e9ral de la part refoul\u00e9e de l\u2019\u00e2me humaine.<\/p>\n<p>Afin de parvenir \u00e0 la compl\u00e9tude de son \u00eatre, aboutissement de son destin terrestre, l\u2019humain doit apprendre \u00e0 d\u00e9couvrir et \u00e9couter, aimer et sublimer cette face voil\u00e9e de lui-m\u00eame. L\u2019homme doit aller \u00e0 la rencontre de son anima refoul\u00e9e, pour la faire rena\u00eetre de l\u2019obscurit\u00e9, pour en quelque sorte l\u2019\u00e9pouser. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un passage oblig\u00e9, car c\u2019est seulement quand l\u2019\u00eatre parvient \u00e0 se r\u00e9unifier, \u00e0 marier les deux faces de lui-m\u00eame, qu\u2019il peut acc\u00e9der \u00e0 l\u2019accomplissement du Soi, sens et but de sa vie terrestre. Cette union des deux p\u00f4les de la personnalit\u00e9 est l\u2019une des \u00e9tapes du chemin initiatique.<\/p>\n<h2>L\u2019image f\u00e9minine du divin<\/h2>\n<p>Le processus psychique et individuel qui pr\u00e9c\u00e8de est dans ses grandes lignes exactement le m\u00eame que celui suivi par l\u2019\u00e9volution spirituelle et collective des religions. Dans son \u00e9tat primitif, l\u2019homme per\u00e7oit le divin de fa\u00e7on avant tout inconsciente et naturelle. A l\u2019instar d\u2019Adam et Eve au paradis, les p\u00f4les de sa psych\u00e9 restent \u00e9quilibr\u00e9s et il per\u00e7oit \u00e9galement de mani\u00e8re harmonieuse les aspects symboliquement masculins et f\u00e9minins de la divinit\u00e9. Son univers est encore constell\u00e9 de dieux et de d\u00e9esses. Les grandes religions antiques et les traditions primitives de l\u2019Occident faisaient une large place aux femmes dans les rites et accordaient de multiples aspects f\u00e9minins \u00e0 la divinit\u00e9. Dans les religions archa\u00efques, les d\u00e9esses m\u00e8res ou de la terre \u00e9taient pr\u00e9dominantes. Les panth\u00e9ons de l\u2019Egypte et de la Gr\u00e8ce comptaient autant de dieux que de d\u00e9esses, et pratiquement chaque dieu avait pour pendant f\u00e9minin une \u00e9pouse ou une soeur, comme Jupiter et Junon, Apollon et Diane. Les triades divines comprenaient tr\u00e8s souvent un \u00e9l\u00e9ment f\u00e9minin, comme Isis en Egypte, Isthar \u00e0 Babylone. M\u00eame le Yahv\u00e9 archa\u00efque des h\u00e9breux poss\u00e9dait une \u00e9pouse, Ash\u00e9ra.<\/p>\n<p>Mais peu \u00e0 peu la conscience de l\u2019homme se d\u00e9veloppe; c\u2019est la connaissance du bien et du mal, la chute all\u00e9gorique. La psych\u00e9 se dissocie tout comme la perception et la repr\u00e9sentation du divin. \u00c0 partir de cette conscience, de cette dissociation, le juda\u00efsme \u00e9voluera vers le monoth\u00e9isme, l\u2019hell\u00e9nisme vers la philosophie. Comme la conscience et la raison sont symboliquement masculines, l\u2019inconscient et le spirituel f\u00e9minins, au fur et \u00e0 mesure que conscience et raison croissent, la perception du monde et de la divinit\u00e9 qui le gouverne prend des formes de plus en plus masculines. Se renforce ainsi, jusqu\u2019\u00e0 devenir unique dans le juda\u00efsme, la figure masculine du Dieu p\u00e8re symbolisant l\u2019ordre et la loi, du Dieu c\u00e9leste qu\u2019il faut craindre. \u00c0 l\u2019inverse s\u2019estompe jusqu\u2019\u00e0 dispara\u00eetre, l\u2019image de la d\u00e9esse terre protectrice et nourrici\u00e8re, de la d\u00e9esse m\u00e8re m\u00e9taphore de l\u2019amour et de la renaissance. Le christianisme suivra la m\u00eame voie: le Christ r\u00e9dempteur est Fils de Dieu le P\u00e8re; la Trinit\u00e9 est d\u00e9nu\u00e9e d\u2019expression f\u00e9minine; Marie, pourtant \u00abm\u00e8re de Dieu\u00bb, en est exclue, alors que le Saint Esprit proc\u00e8de du P\u00e8re et du Fils. Le mod\u00e8le divin est une relation p\u00e8re-fils sublim\u00e9e, la m\u00e8re et la fille en sont \u00e9cart\u00e9es.<\/p>\n<p>Ainsi, psychisme et religion suivent le m\u00eame chemin. Comme l\u2019homme qui refoule son anima dans la profondeur de son inconscient, la religion \u00e9vacue la figure f\u00e9minine de Dieu. Mais dans les deux cas la moiti\u00e9 \u00e9cart\u00e9e n\u2019est pas \u00e9limin\u00e9e, elle est seulement occult\u00e9e. Un certain d\u00e9s\u00e9quilibre, une incompl\u00e9tude en r\u00e9sulte. Situation temporaire cependant, car ainsi que l\u2019homme est vou\u00e9 par sa qu\u00eate \u00e0 retrouver son anima, la religion est amen\u00e9e un jour \u00e0 laisser transpara\u00eetre ou \u00e0 mettre en pleine lumi\u00e8re les \u00e9l\u00e9ments f\u00e9minins qu\u2019elle dissimulait. Tel fut le cas du juda\u00efsme exaltant la Sagesse, puis du christianisme v\u00e9n\u00e9rant la Vierge ou id\u00e9alisant la J\u00e9rusalem c\u00e9leste.<\/p>\n<p>En d\u2019autres termes, la qu\u00eate de l\u2019homme face \u00e0 lui-m\u00eame et son essor vers la divinit\u00e9 ont le m\u00eame passage oblig\u00e9: la rencontre, les noces avec l\u2019Eternel f\u00e9minin. Pour l\u2019homme psychique, le but sera l\u2019union dans le Soi de sa conscience masculine et de son int\u00e9riorit\u00e9 f\u00e9minine, l\u2019anima. Pour l\u2019homme spirituel, le but sera le mariage mystique de l\u2019esprit et de l\u2019\u00e2me, ou de l\u2019intelligence et de la sagesse divine, afin que de ces noces naisse l\u2019enfant-dieu de l\u2019amour, l\u2019homme ressuscit\u00e9 \u00e0 la vraie vie. Si la face f\u00e9minine de Dieu se dissimule aujourd\u2019hui \u00e0 nos regards, sous le voile plus ou moins \u00e9pais dont la recouvre la religion, la tradition et nos symboles, c\u2019est parce qu\u2019elle repr\u00e9sente un des buts les plus secrets de la qu\u00eate int\u00e9rieure et spirituelle.<\/p>\n<h2>Masculin et f\u00e9minin dans la Gen\u00e8se<\/h2>\n<p>\u00c0 travers ses multiples r\u00e9cits et anecdotes, souvent exploit\u00e9s \u00e0 des fins mysogines, l\u2019Ancien Testament donne \u00e0 premi\u00e8re vue de la femme l\u2019image d\u2019une mineure soumise \u00e0 l\u2019arbitraire d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 patriarcale. Mais le f\u00e9minin dans la Bible d\u00e9passe cette condition profane, pour peu que l\u2019on aille \u00e0 l\u2019essentiel. Et cet essentiel commence par la Gen\u00e8se qui nous r\u00e9v\u00e8le la double nature masculine et f\u00e9minine \u00e0 la fois de l\u2019\u00eatre humain et de la divinit\u00e9, en m\u00eame temps qu\u2019elle nous r\u00e9v\u00e8le l\u2019\u00e9galit\u00e9 de l\u2019homme et de la femme face au salut et leur compl\u00e9mentarit\u00e9 essentielle.<\/p>\n<p>Au sixi\u00e8me jour, \u00abDieu cr\u00e9a l\u2019homme \u00e0 son image, il le cr\u00e9a \u00e0 l\u2019image de Dieu, il le cr\u00e9a m\u00e2le et femelle\u00bb. Ainsi, le tout premier livre de la Gen\u00e8se d\u00e9clare le masculin et le f\u00e9minin simultan\u00e9ment incarn\u00e9s dans l\u2019humain, ce qui vise notamment la double nature psychique de l\u2019homme. Plus, d\u00e9clarant l\u2019homme cr\u00e9\u00e9 m\u00e2le et femelle \u00e0 l\u2019image de Dieu, le texte implique logiquement que Dieu lui-m\u00eame poss\u00e8de ce double aspect masculin et f\u00e9minin. Cette dualit\u00e9 dans l\u2019unit\u00e9 est l\u2019un des sens que l\u2019on peut pr\u00eater au delta ma\u00e7onnique.<\/p>\n<p>Puis, dans le second livre, Dieu cr\u00e9e l\u2019Adam originel, tir\u00e9 de la terre et anim\u00e9 de son souffle divin. Mais la solitude d\u2019Adam appelle imm\u00e9diatement la cr\u00e9ation d\u2019Eve. Nullement pour que l\u2019humanit\u00e9 puisse se perp\u00e9tuer, car au paradis cela n\u2019est pas n\u00e9cessaire, mais afin qu\u2019Adam ait un semblable, un vis-\u00e0-vis. Eve incarne donc non seulement l\u2019autre, sans lequel la vie n\u2019aurait pas de sens, mais aussi le miroir, qui renvoie \u00e0 l\u2019homme sa propre image profonde. Plus, l\u2019anecdote de la cr\u00e9ation de la femme \u00e0 partir de la c\u00f4te ou du flanc de l\u2019homme indique qu\u2019Eve est symboliquement une partie d\u2019Adam, la part f\u00e9minine de celui-ci, son anima.<\/p>\n<p>Au paradis, Adam et Eve vivent dans une parfaite harmonie. Mais la chute, avec ses mal\u00e9dictions diff\u00e9renci\u00e9es pour chacun d\u2019eux, remplacera cet \u00e9tat par des relations souffrantes de d\u00e9sir et de domination. C\u2019est le symbole de la dissociation de la conscience et de la psych\u00e9. D\u00e8s lors, le but de l\u2019\u00eatre sera de retrouver cette harmonie perdue, de reformer le couple originel d\u2019Adam et Eve. Car, comme le dit l\u2019\u00e9vangile apocryphe de Philippe, \u00abQuand Eve \u00e9tait en Adam, il n\u2019y avait pas de mort. Si \u00e0 nouveau elle entre en lui et s\u2019il la prend en lui-m\u00eame, il n\u2019y aura plus de mort\u00bb. La renaissance de l\u2019initi\u00e9 passe par cette r\u00e9union.<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9volution de la tradition biblique<\/h2>\n<p>Apr\u00e8s la chute du couple primordial, le juda\u00efsme de l\u2019Ancien Testament conna\u00eetra sch\u00e9matiquement deux p\u00e9riodes, domin\u00e9es successivement par deux regards sur la divinit\u00e9, et donc par deux images tr\u00e8s diff\u00e9rentes du f\u00e9minin dans la relation entre l\u2019homme et Dieu. D\u2019une part, dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du mill\u00e9naire avant notre \u00e8re, la figure dominante sera celle de l\u2019Alliance, c\u2019est-\u00e0-dire de la loi ancienne; d\u2019autre part, dans sa seconde moiti\u00e9, avant l\u2019\u00e9mergence du christianisme et sous l\u2019influence grecque, appara\u00eetra la figure de la Sagesse de Dieu, qui pr\u00e9figurera la loi nouvelle.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re p\u00e9riode est centr\u00e9e sur l\u2019Alliance entre l\u2019Eternel et son peuple. Dans cette Alliance qui exprime l\u2019amour et la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 Dieu, comme dans une relation nuptiale o\u00f9 la divinit\u00e9 tient le r\u00f4le de l&rsquo;\u00e9poux, l\u2019humanit\u00e9 est rev\u00eatue d\u2019une identit\u00e9 f\u00e9minine. Elle prend po\u00e9tiquement le f\u00e9minin visage de la Terre promise ou de la Cit\u00e9 sainte. \u00c0 travers ce couple, l\u2019humain s\u2019identifie \u00e0 la femme soumise \u00e0 la loi d\u2019un mari exigeant et jaloux. Epouse tent\u00e9e par l\u2019infid\u00e9lit\u00e9, le retour aux divinit\u00e9s pa\u00efennes, car souffrant des col\u00e8res impr\u00e9visibles de l\u2019implacable \u00e9poux (Os 1-2). C\u2019est ainsi que se cristallise la figure du Yahv\u00e9 de l\u2019Ancien Testament. Dans la lumi\u00e8re du ciel, seul brille le P\u00e8re qui inspire la crainte. L\u2019anima est exil\u00e9e dans l\u2019obscurit\u00e9 de la terre.<\/p>\n<p>Au fil des si\u00e8cles, cette relation ombrageuse s\u2019adoucit quelque peu. Le Cantique des cantiques, pur chant d\u2019amour o\u00f9 r\u00e9sonne la voix f\u00e9minine de la bien-aim\u00e9e, \u00e9l\u00e8ve symboliquement l\u2019humanit\u00e9 au rang d\u2019une \u00e9pouse plus aim\u00e9e que poss\u00e9d\u00e9e. C\u2019est cette relation que l\u2019on retrouvera plus tard dans le christianisme, notamment chez Paul, avec l\u2019union du Christ et de son Eglise, l\u2019Eglise \u00e9tant compar\u00e9e \u00e0 la femme soumise, mais aim\u00e9e de son mari (Ep 5: 21-32). A ce stade, o\u00f9 l\u2019homme est encore largement domin\u00e9 par ses sentiments et o\u00f9 sa raison doute encore d\u2019elle- m\u00eame, l\u2019identit\u00e9 symbolique de l\u2019humanit\u00e9 reste f\u00e9minine, celle de la divinit\u00e9 exclusivement masculine. Ce n\u2019est d\u00e9j\u00e0 plus la loi ancienne mais ce n\u2019est pas encore la loi d\u2019amour.<\/p>\n<p>Plus nous approchons de notre \u00e8re, plus la conscience et la raison humaines se renforcent, et plus la divinit\u00e9 devient abstraite et se spiritualise. D\u2019une part, l\u2019esprit de l\u2019homme ne s\u2019accommode plus de l\u2019image du Dieu patriarcal et violent des origines; la conscience n\u2019accepte plus l\u2019humiliation de Job. D\u2019autre part et en cons\u00e9quence, dans la pens\u00e9e religieuse, les qualit\u00e9s du divin se f\u00e9minisent, la relation au divin appelle sagesse et amour. Ainsi, dans la pens\u00e9e jud\u00e9o-alexandrine des deux derniers si\u00e8cles avant J\u00e9sus Christ, le Dieu d\u2019Isra\u00ebl change quelque peu de caract\u00e8re et, surtout, deux autres cr\u00e9atures d\u2019essence divine font leur apparition \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s: le Logos et la Sophia.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 travers les livres tardifs de l\u2019Ancien Testament comme les Proverbes, la Sagesse et le Siracide, s\u2019\u00e9laborent la figure de la Sagesse divine et sa tradition sophianique. Sophia, myst\u00e9rieuse entit\u00e9 f\u00e9minine, \u00e9manant \u00e9ternellement du souffle de Dieu, d\u00e9positaire de ses secrets, pr\u00e9sente \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s lors de la cr\u00e9ation et artisane de l\u2019univers. Elle deviendra la m\u00e9diatrice entre l\u2019homme et Dieu, l\u2019intercesseur bienveillant qui compense l\u2019ab\u00eeme insondable de l\u2019Eternel terrifiant. L\u2019anima retrouve la lumi\u00e8re, la divinit\u00e9 une face f\u00e9minine.<\/p>\n<h2>Sagesse divine et noces<\/h2>\n<p>La Sagesse divine, figure mal connue du juda\u00efsme de la fin de l\u2019Antiquit\u00e9, pr\u00e9figura clairement l\u2019Esprit Saint de la Trinit\u00e9 chr\u00e9tienne, le Paraclet de l\u2019\u00e9vangile de Jean, et m\u00eame le Logos du Prologue. Elle inspira de nombreux traits \u00e0 l\u2019image de Marie, m\u00e8re immacul\u00e9e du Christ et intercesseur priant pour le salut des p\u00e9cheurs. Elle fut enfin chant\u00e9e avec passion comme une femme aim\u00e9e, \u00e0 l\u2019instar de la J\u00e9rusalem apocalyptique, \u00e9pouse spirituelle de l\u2019agneau. Epouse par\u00e9e non plus pour l\u2019union cosmique de Dieu avec l\u2019humanit\u00e9, son peuple ou son Eglise, mais par\u00e9e pour les noces mystiques de l\u2019homme, de chaque initi\u00e9, avec la divinit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019Ancien Testament dit de la Sagesse: \u00abElle est un reflet de la lumi\u00e8re \u00e9ternelle, un miroir sans taches dans l\u2019activit\u00e9 de Dieu et une image de sa beaut\u00e9\u2026 Elle partage la vie de Dieu\u2026 \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s comme le ma\u00eetre d\u2019oeuvre\u2026 l\u2019artisane de l\u2019univers et des \u00eatres\u00bb (Sg 7: 26 , 8: 3-4; Pr 8: 30, Sg 8: 5). Et la Sagesse dit d\u2019elle-m\u00eame: \u00abJe suis la m\u00e8re du pur amour\u2026 je suis donn\u00e9e \u00e0 tous mes enfants\u2026 Venez \u00e0 moi, vous qui me d\u00e9sirez et rassasiez-vous de mes fruits\u00bb (Si 24: 17, 19). Ainsi, l\u2019exaltation de la Sagesse divine dans l\u2019Ancien Testament, comme plus tard dans la francma\u00e7onnerie, symbolise un triple accomplissement, la c\u00e9l\u00e9bration de trois sortes de noces qui abolissent la dualit\u00e9.<\/p>\n<p>Accomplissement religieux tout d\u2019abord. La part f\u00e9minine de Dieu, autrefois d\u00e9esse archa\u00efque chass\u00e9e du ciel, revient d\u2019exil r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e et spiritualis\u00e9e; elle retrouve sa place aupr\u00e8s de l\u2019Eternel. De ce mariage divin pourra na\u00eetre l\u2019enfant-Dieu r\u00e9dempteur de l\u2019humanit\u00e9, incarn\u00e9 au coeur de l\u2019homme pour y engendrer l\u2019amour. Accomplissement psychologique ensuite. La moiti\u00e9 de la personnalit\u00e9, refoul\u00e9e dans l\u2019inconscient, est lib\u00e9r\u00e9e, aim\u00e9e; p\u00f4le f\u00e9minin de l\u2019\u00e2me et p\u00f4le masculin de la conscience se rejoignent et recouvrent l\u2019harmonie. De cette union psychique pourra na\u00eetre le Soi, expression de la compl\u00e9tude de l\u2019\u00eatre. Accomplissement spirituel enfin. L\u2019image de Dieu ensevelie en l\u2019homme est ressuscit\u00e9e comme l\u2019initi\u00e9, l\u2019image d\u00e9figur\u00e9e est restaur\u00e9e; l\u2019\u00eatre retrouve son centre, la communion avec sa source sacr\u00e9e. De ces noces mystiques pourra rena\u00eetre l\u2019homme primordial, r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans sa ressemblance divine. C\u2019est cette triple union que c\u00e9l\u00e8bre symboliquement la J\u00e9rusalem apocalyptique: \u00abHeureux ceux qui sont appel\u00e9s au festin des noces de l\u2019agneau!\u00bb. Heureux les spirituels ou les initi\u00e9s accomplis qui pourront p\u00e9n\u00e9trer dans leur propre ville sainte, leur int\u00e9riorit\u00e9 pr\u00e9par\u00e9e comme une \u00e9pouse, comme un tabernacle de Dieu, car celui-ci habitera avec eux. (Ap 19: 9; 21: 2-3). De telles noces passent par l\u2019abolition de toute dualit\u00e9, par la fusion du masculin et du f\u00e9minin notamment. Parvenu \u00e0 ce stade ultime de la qu\u00eate, l\u2019\u00eatre n\u2019a plus besoin ni de soleil ni de lune; car la gloire de Dieu l\u2019\u00e9claire. Alors, la nuit comme la mort sont abolies. (Ap 21: 4, 23; 22: 6).<\/p>\n<h2>Retournement de conscience<\/h2>\n<p>\u00c0 travers symbolisme ma\u00e7onnique, psychologie des profondeurs et histoire de la religion, la sagesse \u00e9ternelle enseigne donc que la qu\u00eate initiatique, comme toute voie spirituelle, doit aboutir \u00e0 une unit\u00e9 transcendant toutes dualit\u00e9s. Sur le chemin vers ce but, ultime et peut-\u00eatre inaccessible, s\u2019op\u00e8re n\u00e9cessairement un retournement de conscience. Ce que l\u2019on croyait des causes s\u2019av\u00e8re n\u2019\u00eatre que cons\u00e9quences; ce que l\u2019on prenait pour de simples cons\u00e9quences se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre causes profondes. Ainsi la lumi\u00e8re de la raison appara\u00eet-elle n\u2019\u00eatre souvent que le reflet d\u2019un sens, psychologique ou transcendant, qui nous \u00e9chappe. De m\u00eame r\u00e9alise-t-on que parfois le symbole constitue le r\u00e9el, alors que la r\u00e9alit\u00e9 sensible n\u2019a plus de valeur que symbolique.<\/p>\n<p>Cette inversion du regard conduit en particulier \u00e0 admettre que l\u2019homme ne construit pas son image inconsciente et symbolique du f\u00e9minin \u00e0 partir de son exp\u00e9rience de la femme r\u00e9elle, singuli\u00e8rement de sa m\u00e8re; l\u2019homme au contraire projette sur les femmes, \u00e0 commencer par sa m\u00e8re, l\u2019image du f\u00e9minin qu\u2019il porte en lui d\u00e8s l\u2019origine. Par cons\u00e9quent, les relations concr\u00e8tes entre hommes et femmes, sur le plan individuel ou collectif, sont largement d\u00e9termin\u00e9es par les arch\u00e9types relationnels du masculin et du f\u00e9minin; y compris ceux qui concernent les rapports de l\u2019humain au transcendant et dont rel\u00e8ve la figure f\u00e9minine du divin.<\/p>\n<p>Il est vain de mettre la charrue de la volont\u00e9 avant les boeufs de la nature. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019harmonisation psychique des p\u00f4les masculin et f\u00e9minin de l\u2019\u00eatre, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019int\u00e9gration spirituelle des faces masculine et f\u00e9minine de la divinit\u00e9, que l\u2019on peut esp\u00e9rer construire entre hommes et femmes des relations de niveau v\u00e9ritablement initiatique. A partir seulement de cette pr\u00e9alable taille psychologique et spirituelle de la pierre de chacun et chacune pourrait-il \u00eatre envisag\u00e9 que se joignent pierres masculines et f\u00e9minines, pour l\u2019\u00e9l\u00e9vation d\u2019un \u00e9difice commun ou de deux contigus. Cette taille est toutefois d\u00e9licate, le travail long, les pierres nombreuses et le plan audacieux.<\/p>\n<p>Mais peut-\u00eatre le vrai retournement consiste-t-il \u00e0 se d\u00e9tacher m\u00eame du d\u00e9sir d\u2019une telle oeuvre. C\u2019est souvent plus le chemin que le but qui donne son sens au voyage, plus le travail que le produit qui justifie l\u2019ouvrage. Il faut accepter d\u2019errer et de d\u00e9faire. Au fil du chemin et du travail, l\u2019ambition fait place \u00e0 l\u2019humilit\u00e9, le calcul \u00e0 l\u2019art, le raisonnement \u00e0 la sagesse. Pour l\u2019initi\u00e9 accompli, que chaque adepte devrait r\u00eaver d\u2019\u00eatre, une question comme la place des femmes dans la ma\u00e7onnerie appara\u00eetra sans doute presque profane. Car au stade ultime de la qu\u00eate, au sommet de la pyramide des voies spirituelles, masculin et f\u00e9minin sont avant tout symboles; les genres ne comptent plus gu\u00e8re, sinon ceux de l\u2019\u00e2me et du divin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Face cach\u00e9e de l\u2019\u00e2me et passage oblig\u00e9 de la qu\u00eate initiatique La fusion du masculin et du f\u00e9minin est un [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[21],"tags":[],"class_list":["post-1313","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classifiee"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1313","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1313"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1313\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1314,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1313\/revisions\/1314"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1313"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1313"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1313"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}