{"id":1379,"date":"2009-02-13T09:32:57","date_gmt":"2009-02-13T08:32:57","guid":{"rendered":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/?p=1379"},"modified":"2017-10-13T11:17:14","modified_gmt":"2017-10-13T09:17:14","slug":"sur-des-formes-differenciees-de-lechec","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/sur-des-formes-differenciees-de-lechec\/","title":{"rendered":"Sur des formes diff\u00e9renci\u00e9es de l&rsquo;\u00e9chec"},"content":{"rendered":"<p><b>\u00abC&rsquo;est le fait d&rsquo;un ignorant d&rsquo;accuser les autres de ses propres \u00e9checs; celui qui a commenc\u00e9 de s&rsquo;instruire s&rsquo;en accuse soi m\u00eame; celui qui est instruit n&rsquo;en accuse ni autrui ni soi m\u00eame\u00bb. Epict\u00e8te<\/b><\/p>\n<p><i>R. J. \u2013 Tol\u00e9rance et Fraternit\u00e9, Gen\u00e8ve (Revue ma\u00e7onnique suisse: f\u00e9vrier 2009)<\/i><\/p>\n<p>En ce petit matin du 10 f\u00e9vrier 1837, un homme de trente huit ans s&rsquo;\u00e9croule dans la neige glac\u00e9e, mortellement bless\u00e9 en duel pour une affaire d&rsquo;amour. C&rsquo;est notre fr\u00e8re Alexandre Pouchkine, celui que les Russes consid\u00e8rent comme leur plus grand \u00e9crivain, au dessus m\u00eame de L\u00e9on Tolsto\u00ef ou de F\u00e9odor Dosto\u00efevsky. Sa vie aura \u00e9t\u00e9 une alternance de triomphes et d&rsquo;\u00e9checs. L&rsquo;\u00e9chec en amour, c&rsquo;est justement le sujet de l&rsquo;une de ses oeuvres, Eug\u00e8ne Oneguine, dont Piotr Ilitch Tcha\u00efkovsky tirera un op\u00e9ra du m\u00eame nom, encore r\u00e9guli\u00e8rement jou\u00e9 chaque ann\u00e9e sur les plus grandes sc\u00e8nes internationales. L&rsquo;\u00e9chec de la qu\u00eate amoureuse encore : Wolfgang Amadeus Mozart nous a habitu\u00e9s, dans ses oeuvres, \u00e0 certains d\u00e9nouements heureux, des happy ends, sauf dans Don Juan o\u00f9 la sinistre statue du Commandeur nous ram\u00e8ne aux dures r\u00e9alit\u00e9s de la vie. D&rsquo;autres formes d&rsquo;\u00e9chec ayant frapp\u00e9 des francs ma\u00e7ons ? C&rsquo;est le docteur Joseph Ignace Guillotin, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Il voulait adoucir la mise \u00e0 mort des condamn\u00e9s, et obtint des autorit\u00e9s l&rsquo;utilisation de la machine qui porte son nom. Il en fut d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. \u00c0 la m\u00eame p\u00e9riode, le Suisse sanguinaire Jean Paul Marat, qui entendait faire le bonheur du peuple malgr\u00e9 lui et finit poignard\u00e9 dans sa baignoire par Charlotte Corday. Et notre fr\u00e8re pr\u00e9sum\u00e9 Henry Beyle dit Stendhal, l&rsquo;un des meilleurs \u00e9crivains fran\u00e7ais, universellement reconnu aujourd&rsquo;hui, mais que l&rsquo;on commen\u00e7a \u00e0 lire cinquante ans apr\u00e8s sa mort. Ou bien ce ma\u00e7on am\u00e9ricain, James Marshall, qui en janvier 1848 d\u00e9couvrit de l&rsquo;or sur les terres californiennes d&rsquo;un Suisse, le g\u00e9n\u00e9ral Suter, d\u00e9clencha la fameuse ru\u00e9e vers l&rsquo;or et mourut pauvre dans un asile d&rsquo;ali\u00e9n\u00e9s. Il faudrait conter les tribulations, prison comprise, v\u00e9cues par le marquis de Sade qui a donn\u00e9 son nom au vocable sadisme. Et encore l&rsquo;\u00e9chec de la vie du ma\u00e7on Oscar Wilde, que l&rsquo;on continue \u00e0 lire et \u00e0 jouer au th\u00e9\u00e2tre. Et notre soeur Jos\u00e9phine Baker, la V\u00e9nus d&rsquo;\u00e9b\u00e8ne au grand coeur, ruin\u00e9e par ses oeuvres au profit d&rsquo;enfants abandonn\u00e9s &#8230; On pourrait allonger cette liste d&rsquo;\u00e9checs.<\/p>\n<p><strong>D&rsquo;autres exemples probants<\/strong><\/p>\n<p>Dans la Chine ancienne, le m\u00eame id\u00e9ogramme exprimait les mots \u00e9chec et chance. Il s&rsquo;agit-l\u00e0 bien davantage qu&rsquo;un symbole. Ce ne sont pas les m\u00e2nes d&rsquo;Auguste Bartholdi, le sculpteur fran\u00e7ais, qui nous contrediront. Ce franc-ma\u00e7on connut nombre d&rsquo;\u00e9checs avant le succ\u00e8s de son Lion de Belfort, bien s\u00fbr, mais surtout, symbolique, La Statue de la Libert\u00e9 \u00e9clairant le Monde, \u00e0 New York. Des rem\u00e8des \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec ? Evidemment, de nombreux philosophes et psychiatres ont tent\u00e9 d&rsquo;en proposer, qui parfois s&rsquo;apparentent \u00e0 des rem\u00e8des de bonne femme. On citera les travaux du Zurichois Carl Gustav Jung (1875-1961), descendant de deux Grands Ma\u00eetres de Alpina, fondateur de la psychologie analytique. Il fut consid\u00e9r\u00e9 par Sigmund Freud comme son dauphin, mais il s&rsquo;en s\u00e9para lors de la publication par Jung, en 1912, de M\u00e9tamorphoses et Symboles de la libido. Parce que nous sommes adeptes du symbolisme, nous suivront Jung dans l&rsquo;\u00e9tude des grands mythes du pass\u00e9. Il y a le cas, c\u00e9l\u00e8bre, de l&rsquo;\u00e9chec divin pour corriger les hommes et qui se traduit par le d\u00e9luge avec l&rsquo;Arche de No\u00e9. Par d\u00e9finition, le d\u00e9luge est universel et se situe au temps complexe des origines. Il est en quelque sorte une r\u00e9p\u00e9tition du mythe de la Cr\u00e9ation. Des plaisantins ont pu dire : \u00abLe d\u00e9luge ? Remarquable exp\u00e9rience du bapt\u00eame qui lave le monde du p\u00e9ch\u00e9 et des p\u00e9cheurs\u00bb, ou : \u00abIl n&rsquo;y a que l&rsquo;inutilit\u00e9 du premier d\u00e9luge qui emp\u00eache Dieu d&rsquo;en envoyer un second\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Diff\u00e9rence entre les idiots et les intelligents<\/strong><\/p>\n<p>Citons \u00e9galement le mythe de la Tour de Babel. Alors qu&rsquo;ils parlaient tous la m\u00eame langue, les hommes se r\u00e9unirent en M\u00e9sopotamie pour construire une ville et une tour afin de monter au ciel. Yahv\u00e9, ou Dieu, r\u00e9agit en confondant la langue des humains afin qu&rsquo;ils ne se comprennent plus et les dispersa sur la terre enti\u00e8re, mettant fin \u00e0 leur projet. Au dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, Voltaire s&rsquo;en amuse en jugeant que c&rsquo;est depuis ce temps l\u00e0 \u00abque Chinois et Allemands ne se comprennent plus\u00bb. De nos jours, le mythe est toujours activ\u00e9. Au temps de la globalisation, l&rsquo;image de la tour sugg\u00e8re le gigantisme des entreprises humaines destructrices de l&rsquo;individu, \u00e9voque la diversit\u00e9 linguistique et culturelle et souligne l&rsquo;incapacit\u00e9 des hommes \u00e0 communiquer entre eux. Les francs ma\u00e7ons acceptent ils cette vision pessimiste? Heureusement, un autre mythe, musical celui l\u00e0, apporte un peu de r\u00e9confort, repris encore aujourd&rsquo;hui dans des op\u00e9ras : celui d&rsquo;Orph\u00e9e et d&rsquo;Eurydice, charg\u00e9 de symbolisme. Pour les Grecs, Orph\u00e9e repr\u00e9sentait la puissance du chant. Sa voix subjugue les hommes et les dieux, mais aussi les b\u00eates, les plantes et m\u00eame les \u00eatres inanim\u00e9s. On sait qu&rsquo;Orph\u00e9e \u00e9pousa la belle Eurydice, une nymphe. Profond\u00e9ment amoureux, le couple vit une formidable idylle. Cependant, un inconnu voyant Eurydice est pris d&rsquo;un violent d\u00e9sir pour elle. Celle-ci fuit, mais est mordue mortellement par un serpent.<\/p>\n<p>Terrass\u00e9 par le chagrin, Orph\u00e9e demande \u00e0 Jupiter de pouvoir ramener son \u00e9pouse du royaume des morts. \u00c0 une condition toutefois : ne pas se retourner en emmenant Eurydice. Arriv\u00e9 \u00e0 la surface du jour, il se retourne trop t\u00f4t, et cette fois ci Eurydice dispara\u00eet \u00e0 jamais. La tentative d&rsquo;Orph\u00e9e de ramener Eurydice dans le monde des vivants \u00e9choue, image de la vanit\u00e9 de l&rsquo;homme.<\/p>\n<p>On a pu dire que les \u00e9checs sont le r\u00e9sultat de nos erreurs, et que les idiots commettent toujours les m\u00eames fautes, tandis que les gens intelligents en commettent de nouvelles. Nous voil\u00e0 rassur\u00e9s.<\/p>\n<p>Et une fois de plus, il faut revenir \u00e0 Rudyard Kipling: \u00abSi tu peux rencontrer triomphe apr\u00e8s d\u00e9faite, \/Et recevoir ces deux menteurs d&rsquo;un m\u00eame front\/Alors&#8230;\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abC&rsquo;est le fait d&rsquo;un ignorant d&rsquo;accuser les autres de ses propres \u00e9checs; celui qui a commenc\u00e9 de s&rsquo;instruire s&rsquo;en accuse [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[21],"tags":[],"class_list":["post-1379","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classifiee"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1379","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1379"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1379\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1380,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1379\/revisions\/1380"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1379"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1379"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1379"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}