{"id":1415,"date":"2010-12-13T09:53:58","date_gmt":"2010-12-13T08:53:58","guid":{"rendered":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/?p=1415"},"modified":"2017-10-13T11:17:12","modified_gmt":"2017-10-13T09:17:12","slug":"conditions-et-variantes-du-pouvoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/conditions-et-variantes-du-pouvoir\/","title":{"rendered":"Conditions et variantes du pouvoir"},"content":{"rendered":"<p><b>\u00c0 premi\u00e8re vue cette question nous para\u00eet difficile, pire: elle nous place sur un terrain glissant. Pos\u00e9e diff\u00e9remment, elle n\u2019en aurait pas moins \u00e9t\u00e9 ardue \u00e0 aborder, surtout \u00e0 y apporter une r\u00e9ponse. En fait, ce th\u00e8me exige beaucoup d\u2019espace, non celui d&rsquo;une feuille de papier mais l&rsquo;espace universel car \u00able pouvoir\u00bb ne saurait se suffire d&rsquo;un seul et unique aspect, d&rsquo;une seule vision des choses.<\/b><\/p>\n<p><i>L&rsquo;Etoile du Jura, Bienne (Revue ma\u00e7onnique suisse: d\u00e9cembre 2010)<\/i><\/p>\n<p>P ouvoir : distinguons le verbe du substantif. Ce dernier vient du latin populaire \u00abpotere\u00bb qui d\u00e9signe une autorit\u00e9, une possibilit\u00e9 d&rsquo;action sur quelqu&rsquo;un ou quelque chose. La notion se d\u00e9finit de mille et une mani\u00e8res et s&rsquo;ins\u00e8re dans les diff\u00e9rents domaines de la vie quotidienne, notamment ceux de la philosophie, de l&rsquo;\u00e9conomie, de la justice, de la sociologie, de la politique. Lamodeste r\u00e9flexion pr\u00e9sente se limitera au sens sp\u00e9cifiquement philosophique. Il s&rsquo;agit du contexte signifiant \u00abde la capacit\u00e9, de la facult\u00e9, de l&rsquo;\u00e9tat de&#8230; et de l&rsquo;autorisation de faire\u00bb.<\/p>\n<p>De par sa capacit\u00e9 d&rsquo;agir, le pouvoir se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un individu ou \u00e0 un groupe d&rsquo;individus qui t\u00e9moignent, selon cette m\u00eame capacit\u00e9, d&rsquo;une existence anim\u00e9e par l&rsquo;affirmation \u00abje peux\u00bb, \u00abnous pouvons \u00bb, etc. Cela en vertu d&rsquo;un principe actif gr\u00e2ce auquel on se pose officiellement au sein du monde environnant. Ce m\u00eame monde se reconna\u00eet mandataire face \u00e0 la responsabilit\u00e9 qu&rsquo;il rev\u00eat, du fait que la capacit\u00e9 d&rsquo;agir implique une origine, un individu qui l&rsquo;assume et un public qui le soutient.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;individu appel\u00e9 \u00e0 devenir lui-m\u00eame<\/strong><\/p>\n<p>Le pouvoir implique une relation de l&rsquo;affirmation de soi face \u00e0 la loi qui r\u00e9git la soci\u00e9t\u00e9 et le public sur lequel on porte la responsabilit\u00e9. Il permet d&rsquo;exercer une fascination dans la d\u00e9couverte de la vocation tout en \u00e9tant ma\u00eetre de soi, donc sans verser dans la passion. L&rsquo;individu est ainsi appel\u00e9 \u00e0 devenir lui-m\u00eame sujet en s&rsquo;\u00e9duquant pour que sa capacit\u00e9 d&rsquo;agir ne rel\u00e8ve pas uniquement de lui seul. Il \u00e9merge de la raison morale en affichant le droit de faire et de reconna\u00eetre son oeuvre afin de lui permettre de mesurer l&rsquo;importance de la relation qu&rsquo;il \u00e9tablit entre la charge et les choix qu&rsquo;il op\u00e8re.<\/p>\n<p>La capacit\u00e9 d&rsquo;agir, \u00e9crit Llapasset, \u00abtrouve son plein exercice dans le sujet, auteur de ses repr\u00e9sentations et ma\u00eetre de ses actions (autonome). Un tel sujet devient le paradigme de l&rsquo;Etat centralisateur dans lequel tout converge et tout \u00e9mane d&rsquo;une t\u00eate (\u00abcaput\u00bb en latin), d&rsquo;une capitale\u00bb. \u00c0 propos de cette perspective, Platon met en garde contre le pouvoir susceptible de salir les mains et l&rsquo;\u00e2me. Platon pense en effet qu&rsquo; \u00abun philosophe qui prend les r\u00eanes et se r\u00e9jouit de l&rsquo;exercice des responsabilit\u00e9s agit en pragmatique, englu\u00e9 dans la compromission du r\u00e9el, du quotidien et des affaires louches. De fait, il cesse d&rsquo;\u00eatre philosophe\u00bb. Par samise en garde, Platon se laisse convaincre et ne nous cache pas sa vision des choses. \u00abLe philosophe se garde du pouvoir sur les autres, car l&rsquo;homme du pouvoir \u00e9volue aux antipodes de la philosophie. Seul est l\u00e9gitime au pouvoir, l&rsquo;individu form\u00e9 \u00e0 la sagesse des philosophes\u00bb. La m\u00eame peur anime Diog\u00e8ne Laerse, alors qu&rsquo;il bronze au Cran\u00e9ion, une colline de Corinthe couverte de cypr\u00e8s, et qu&rsquo;Alexandre, le prince aux pouvoirs absolus lui demande un souhait afin de l&rsquo;exaucer. Diog\u00e8ne r\u00e9pond : \u00ab\u00d4te-toi de mon soleil\u00bb.<\/p>\n<p>Vers quoi ces r\u00e9flexions de philosophes nous dirigent-t-elles ? Le pouvoir peut devenir une illusion, une puissance, un visage par excellence du mensonge. Dans ces circonstances il devient une usurpation, mieux : un d\u00e9tournement pour passer du simple sentiment de soi \u00e0 la consciencede soi. \u00abL&rsquo;humilit\u00e9 du service, ajoute Llapasset, se substitue \u00e0 l&rsquo;arrogance du serviteur qui se prend pour le ma\u00eetre avec pour cons\u00e9quence la domination, le harc\u00e8lement, la diss\u00e9mination d\u00e9risoire du clivage entre l&rsquo;infini de celui qui a une parcelle de puissance et le z\u00e9ro de celui qui en d\u00e9pend\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Diff\u00e9rentes notions en jeu<\/strong><\/p>\n<p>Somme toute, il n&rsquo;y a ni bon ni mauvais pouvoir, m\u00eame si depuis l&rsquo;antiquit\u00e9 les philosophes se partagent en deux familles : ceux qui refusent l&rsquo;exercice du pouvoir sous toutes ses formes et ceux qui essaient tant bien que mal de le concilier avec leurs id\u00e9aux. Le pouvoir n&rsquo;a qu&rsquo;un seul but, celui de repr\u00e9senter sous un mandat pr\u00e9cis et limit\u00e9 les int\u00e9r\u00eats d&rsquo;un peuple qui en reconna\u00eet la facult\u00e9 et en prouve la capacit\u00e9. Du reste, la conscience de l&rsquo;ex\u00e9cutant penche, de par la cupidit\u00e9 de la raison humaine, \u00e0 dominer en vue de r\u00e9gner. Ainsi le pouvoir perd son sens fondamental et devient tyrannie. Au-del\u00e0 de son cynisme, Machiavel pense que le prince parfait est celui qui fait primer la raison d&rsquo;Etat tout en permettant l&rsquo;am\u00e9lioration de l&rsquo;homme et de la soci\u00e9t\u00e9. En r\u00e9fl\u00e9chissant sur la loyaut\u00e9 du prince, Machiavel \u00e9crit : \u00abCombien il serait louable chez un prince de tenir sa parole et de vivre avec droiture et non avec ruse, chacun le comprend : toutefois, on voit par exp\u00e9rience, de nos jours, que tels princes ont fait de grandes choses qui de leur parole ont tenu peu compte, et qui ont su par rusemanoeuvrer la cervelle des gens ; et \u00e0 la fin ils ont domin\u00e9 ceux qui se sont fond\u00e9s sur la loyaut\u00e9\u00bb. Plus proche de nous, Max Weber apporte avec clart\u00e9 une distinction sociologique du terme pouvoir. Le pouvoir, dit-il, n&rsquo;est pas synonyme de politique. Il est une relation entre les acteurs sociaux : des individus, des groupes d&rsquo;individus ou des classes sociales. \u00c0 ce point, le pouvoir s&rsquo;observe quand un individu accomplit ou s&rsquo;abstient d&rsquo;accomplir, conform\u00e9ment \u00e0 la volont\u00e9 d&rsquo;un autre individu, une action qu&rsquo;il aurait d\u00fb ou pas accomplir spontan\u00e9ment. N\u00e9anmoins, pense le sociologue, le crit\u00e8re du pouvoir se trouve dans la t\u00eate de celui qui ob\u00e9it, qui est cens\u00e9 ou para\u00eet ob\u00e9ir. Il scinde ainsi la m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 en pouvoir d&rsquo;injonction.<\/p>\n<p><strong>Une question de pers\u00e9v\u00e9rance<\/strong><\/p>\n<p>Un chef incarne un pouvoir en fonction de son charisme et de l&rsquo;exp\u00e9rience acquise au fil des ann\u00e9es. Il a une r\u00e9putation de meneur d&rsquo;hommes et ses subalternes le consid\u00e8rent en tant que patron, c\u2019est-\u00e0-dire celui qui d\u00e9tient le pouvoir et sait l\u2019imposer sans effort, comme si chacun de ses collaborateurs l&rsquo;admettait d\u2019embl\u00e9e et d\u2019office, m\u00eame s&rsquo;il n\u2019est pas toujours v\u00e9rit\u00e9 absolue. Toutes ses interventions ont un caract\u00e8re p\u00e9remptoire obligeant \u00e0 l\u2019ob\u00e9issance et au respect de l\u2019ordre re\u00e7u. Nous rencontrons souvent ce genre de personnage dans des entreprises familiales, sorte de dynasties o\u00f9 les g\u00e9n\u00e9rations se suivent, chacune reprenant les rennes et adaptant l\u2019organisation au contexte du moment. Le successeur d\u00e9montrera \u00e0 son tour sonpouvoir sur ceux qu&rsquo;il dirige. On constate fr\u00e9quemment de l&rsquo;audace dans la prise de d\u00e9cisions comportant des risques pour une entreprise, mais si ces derni\u00e8res sont couronn\u00e9es de succ\u00e8s le directeur sera reconnu par son personnel comme d\u00e9tenteur d&rsquo;un pouvoir inconditionnel.<\/p>\n<p>Dans ce contexte la pers\u00e9v\u00e9rance rev\u00eat une importance particuli\u00e8re. Elle tient de la discipline, d&rsquo;une continuit\u00e9 positive orn\u00e9e de bons r\u00e9sultats qui se r\u00e9p\u00e8tent dans le temps et forge de mani\u00e8re s\u00fbre, constante, la reconnaissance du pouvoir de la part des employ\u00e9s, de la client\u00e8le, voire de la concurrence. Qu&rsquo;ils s&rsquo;agisse d\u2019activit\u00e9s intellectuelles, manuelles ou commerciales. Pr\u00e9cisons que la pers\u00e9v\u00e9rance ne s&rsquo;improvise pas, elle s&rsquo;apprend. Comment consid\u00e9rons-nous le pouvoir en franc-ma\u00e7onnerie ? Avant l&rsquo;initiation, l&rsquo;esprit du candidat peut \u00eatre parasit\u00e9 par des conceptions ou fantasmes li\u00e9s entre autres \u00e0 la magie. Ceux-ci s&rsquo;\u00e9claircissent d\u00e8s le voile tomb\u00e9 de nos yeux et au fur et \u00e0 mesure que nous taillons notre pierre brute. La franc-ma\u00e7onnerie nous transmet alors son plus grand pouvoir, qui est de changer notre perception de la vie. Elle nous re\u00e7oit \u00e0 son \u00e9cole et \u00e0 chaque grade nous percevons une fonction sp\u00e9cifique destin\u00e9e \u00e0 servir, non \u00e0 r\u00e9gner. Ainsi, de l&rsquo;apprenti au ma\u00eetre sommes-nous tous fr\u00e8res.<\/p>\n<p>Notre ordre jouit d&rsquo;un pouvoir de fait solide car il permet d&rsquo;aboutir \u00e0 des projets difficiles demani\u00e8re juste.<\/p>\n<p>Le pouvoir est dangereux si exerc\u00e9 avec pr\u00e9tention. Con\u00e7u n\u00e9gativement il pourra conduire \u00e0 la tyrannie, aux divisions et aux guerres. Il \u00e9merge au contraire et porte l&rsquo;humanit\u00e9 \u00e0 sa gloire s&rsquo;il est d\u00e9mocratique, consid\u00e9r\u00e9 dans son aspect positif. Ce que nous pouvons retenir de la cr\u00e9ation est que le maintien du pouvoir repr\u00e9sente un go\u00fbt du risque, une r\u00e9sistance \u00e0 toute \u00e9preuve, mais aussi une pers\u00e9v\u00e9rance inamovible, beaucoup d\u2019imagination, une profonde ouverture au dialogue et plusieurs qualit\u00e9s humaines au-dessus de la moyenne. L&rsquo;ensemble de ces \u00e9l\u00e9ments est de nature \u00e0 convaincre, \u00e0 motiver quiconque exerce spontan\u00e9ment une influence b\u00e9n\u00e9fique. \u00c0 n&rsquo;en pas douter, le r\u00e9sultat sera la coh\u00e9rence et la paix.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 premi\u00e8re vue cette question nous para\u00eet difficile, pire: elle nous place sur un terrain glissant. 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