{"id":1437,"date":"2012-01-13T10:12:57","date_gmt":"2012-01-13T09:12:57","guid":{"rendered":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/?p=1437"},"modified":"2017-10-13T11:17:12","modified_gmt":"2017-10-13T09:17:12","slug":"la-franc-maconnerie-dans-loptique-de-la-philosophie-des-lumieres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/la-franc-maconnerie-dans-loptique-de-la-philosophie-des-lumieres\/","title":{"rendered":"La Franc-Ma\u00e7onnerie dans l&rsquo;optique de la philosophie des Lumi\u00e8res"},"content":{"rendered":"<p><em>G. F. &#8211; Zur Windrose, \u00e0 Sargans. (Alpina de f\u00e9vrier 2011) La traduction fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e par P. V., ancien Grand Ma\u00eetre adjoint de la GLSA.<\/em><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">Les francs-ma\u00e7ons que nous sommes se situent en droite ligne dans la philosophie des Lumi\u00e8res, et ceci m\u00eame en partant de deux points de vue diff\u00e9rents. En premier lieu, nos rituels et nos symboles trouvent leur origine dans la ma\u00e7onnerie op\u00e9rative des tailleurs de pierre. Nombre d&rsquo;entre eux \u00e9taient des constructeurs inspir\u00e9s de cath\u00e9drales et d&rsquo;autres \u00e9difices religieux. Ces constructeurs ont ainsi r\u00e9alis\u00e9 &#8211; essentiellement entre le XIe et le XIVe si\u00e8cle &#8211; des ouvrages d&rsquo;une valeur que l&rsquo;on peut qualifier d&rsquo;\u00e9ternelle et d&rsquo;un contenu symbolique impressionnant.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">On ne peut pas se repr\u00e9senter la culture europ\u00e9enne en faisant abstraction de ces constructions \u00e0 caract\u00e8re religieux. Selon mon opinion, leurs concepteurs et leurs r\u00e9alisateurs \u00e9taient profond\u00e9ment impr\u00e9gn\u00e9s d&rsquo;un esprit ouvert et \u00e9clair\u00e9. Par ailleurs, nous repr\u00e9sentons les successeurs des premiers ma\u00e7ons sp\u00e9culatifs qui, par la suite, furent admis en nombre sans cesse croissant dans les ateliers des ma\u00e7ons op\u00e9ratifs, ceci sp\u00e9cialement aux XVIe et XVIIe si\u00e8cles. La date exacte du passage des corporations de tailleurs de pierre \u00e0 la ma\u00e7onnerie sp\u00e9culative ne peut \u00eatre fix\u00e9e de fa\u00e7on d\u00e9finitive. La fondation de la premi\u00e8re Grande Loge anglaise \u2013 en 1717 &#8211; constitue cependant le d\u00e9but officiel de la ma\u00e7onnerie sp\u00e9culative. Les loges regroup\u00e9es au sein de celle-ci ont contribu\u00e9 de mani\u00e8re essentielle \u00e0 former le caract\u00e8re de ce qui allait devenir le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, et ceci en dehors de toute contrainte ou restriction de caract\u00e8re \u00e9tatique ou religieux. Et, inversement, la philosophie des Lumi\u00e8res a largement contribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9closion d&rsquo;une pens\u00e9e libre et responsable au sein de l&rsquo;espace priv\u00e9 et discret des Loges. Nombreux sont les grands esprits se pr\u00e9valant de la philosophie des Lumi\u00e8res qui \u00e9taient \u00e9galement francs-ma\u00e7ons.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\"><strong>\u00abSapere aude\u00bb : la devise de la philosophie des Lumi\u00e8res<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">Selon l&rsquo;interpr\u00e9tation que Kant en a faite, \u00absapere aude\u00bb signifie \u00abaie le courage d&rsquo;utiliser ton propre entendement\u00bb. Cette citation trouve sa source dans l&rsquo;essai publi\u00e9 en 1784 par Emmanuel Kant (1724-1804) sous le titre\u00a0<\/span><span lang=\"FR\">R\u00e9ponse \u00e0 la<\/span><span lang=\"FR\">\u00a0<\/span><span lang=\"FR\">question: Qu&rsquo;est-ce que la philosophie des<\/span><span lang=\"FR\">\u00a0<\/span><span lang=\"FR\">Lumi\u00e8res ?\u00a0<\/span><span lang=\"FR\">Dans cette contribution, publi\u00e9e dans l&rsquo;\u00e9dition de d\u00e9cembre de cette ann\u00e9e-l\u00e0 de la\u00a0<\/span><span lang=\"FR\">Berlinischen Monatsschrift<\/span><span lang=\"FR\">, Kant r\u00e9pondait \u00e0 la question pos\u00e9e par le pasteur Johann Friederich Z\u00f6llner\u00a0<\/span><span lang=\"FR\">Qu&rsquo;est-ce que les Lumi\u00e8res ?<\/span><span lang=\"FR\">publi\u00e9e une ann\u00e9e auparavant dans la m\u00eame revue. Dans son essai, Kant fait figurer sa d\u00e9finition rest\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre de la philosophie des Lumi\u00e8res : \u00abLa philosophie des Lumi\u00e8res repr\u00e9sente la sortie de l&rsquo;\u00eatre humain de son \u00e9tat &#8211; dont il est le seul responsable &#8211; de mineur aux facult\u00e9s limit\u00e9es. Cette minorit\u00e9 r\u00e9side dans son incapacit\u00e9 \u00e0 utiliser son entendement de fa\u00e7on libre et ind\u00e9pendante, sans prendre l&rsquo;avis de qui que ce soit. Il est seul responsable de cette minorit\u00e9 d\u00e8s lors que la cause de celle-ci ne r\u00e9side pas dans un entendement d\u00e9ficient, mais dans un manque d&rsquo;esprit de d\u00e9cision et du courage de se servir de cet entendement sans s&rsquo;en r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 autrui. Sapere aude ! &#8211; aie le courage de faire usage de ton propre entendement ! \u2013 doit \u00eatre la devise de la philosophie des Lumi\u00e8res \u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">Par la suite, Kant a donn\u00e9 dans un autre de ses ouvrages une autre d\u00e9finition de la philosophie des Lumi\u00e8res, encore plus condens\u00e9e que la pr\u00e9c\u00e9dente : \u00abLa maxime enjoignant \u00e0 chacun de raisonner en toute chose par lui-m\u00eame\u00bb. Lorsque Kant \u00e9voque cette minorit\u00e9 intellectuelle dont l&rsquo;homme concern\u00e9 est le seul responsable, il met l&rsquo;accent sur le fait que la philosophie des Lumi\u00e8res n&rsquo;est pas un \u00e9tat, mais un processus pour trouver une \u00ab\u00a0voie de sortie\u00a0\u00bb d&rsquo;une situation qui n&rsquo;est plus appropri\u00e9e \u00e0 un \u00eatre adulte. Kant ne dit pas que l&rsquo;homme est devenu majeur et responsable. Il constate simplement que l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 domine. Dans sa r\u00e9ponse \u00e0 la question : qu&rsquo;est-ce que les Lumi\u00e8res ? Kant explique sans prendre le moindre m\u00e9nagement pourquoi la plus grande partie de l&rsquo;humanit\u00e9, bien que ses repr\u00e9sentants soient depuis longtemps parvenus \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, et qu&rsquo;ils seraient donc capables de raisonner de fa\u00e7on individuelle, restent cependant pour la dur\u00e9e de leur vie mineurs et irresponsables et, qu&rsquo;en plus, ils appr\u00e9cient cet \u00e9tat de fait. Les raisons de cet \u00e9tat seraient la paresse et la l\u00e2chet\u00e9. Car il serait confortable de se maintenir au stade d&rsquo;un humain mineur. L&rsquo;obligation contraignante de la pens\u00e9e autonome peut en effet ainsi \u00eatre transf\u00e9r\u00e9e \u00e0 d&rsquo;autres. Qui fait appel \u00e0 un m\u00e9decin n&rsquo;est pas oblig\u00e9 de d\u00e9cider par lui-m\u00eame du r\u00e9gime qu&rsquo;il doit suivre. Qui peut se payer un guide spirituel peut se dispenser d&rsquo;avoir une conscience.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">De ce fait, il n&rsquo;est plus n\u00e9cessaire de penser de mani\u00e8re autonome, et c&rsquo;est bien de cette possibilit\u00e9 que la plus grande partie de l&rsquo;humanit\u00e9 fait usage. Il est d\u00e8s lors facile pour certains de jouer le r\u00f4le de \u00ab\u00a0tuteur\u00a0\u00bb de ces individus. Ces tuteurs veillent alors \u00e0 ce que les \u00eatres humains encore \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de mineurs consid\u00e8rent le pas \u00e0 franchir jusqu&rsquo;\u00e0 leur \u00ab\u00a0majorit\u00e9\u00a0\u00bb non seulement comme p\u00e9nible, mais encore comme dangereux. Kant ose ici une comparaison saisissante entre ces humains vivant dans l&rsquo;obscurit\u00e9 de l&rsquo;ignorance et le \u00ab\u00a0b\u00e9tail\u00a0\u00bb que l&rsquo;asservissement \u00e0 l&rsquo;homme a rendu stupide. Ces humains sont comme des enfants enferm\u00e9s dans un youpala. Au XVIIIe si\u00e8cle, cet engin consistait en un ch\u00e2ssis en forme de corbeille, mont\u00e9 sur roues, avec lequel les enfants apprenaient \u00e0 marcher. Ces personnes ainsi \u00ab\u00a0mises en cage\u00a0\u00bb se voient sans cesse rappeler par leurs \u00ab\u00a0tuteurs\u00a0\u00bb des dangers qui les menaceraient au cas o\u00f9 ils tenteraient d&rsquo;agir de mani\u00e8re autonome.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">Cette situation rendrait \u00e9videmment difficile pour une personne agissant individuellement la t\u00e2che de se lib\u00e9rer de sa \u00ab\u00a0minorit\u00e9\u00a0\u00bb. Ceci premi\u00e8rement parce qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9tait \u00ab\u00a0li\u00e9e d&rsquo;affection\u00a0\u00bb avec cet \u00e9tat de minorit\u00e9, car il lui paraissait confortable, et, secondement, parce qu&rsquo;il lui \u00e9tait devenu pratiquement impossible d&rsquo;utiliser son entendement, du fait qu&rsquo;on ne l&rsquo;aurait jamais laiss\u00e9 entreprendre la moindre tentative dans ce sens et qu&rsquo;on l&rsquo;aurait m\u00eame fermement dissuad\u00e9 de l&rsquo;entreprendre.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">Mais, selon les d\u00e9veloppements de Kant, on doit admettre que l&rsquo;homme a malgr\u00e9 tout peu \u00e0 peu compris qu&rsquo;il \u00e9tait dans sa nature de conserver son int\u00e9grit\u00e9 et qu&rsquo;il lui appartenait de penser par lui-m\u00eame. La possibilit\u00e9 de r\u00e9aliser quelque chose implique la connaissance de ce que l&rsquo;on peut faire et du fait qu&rsquo;on peut le faire. Mais cette connaissance ne constitue pas encore une certitude. Car ce n&rsquo;est que lorsque l&rsquo;on fait ce qu&rsquo;on est capable de faire que l&rsquo;on a la certitude d&rsquo;avoir pu le faire. Mais, pour franchir ce pas, il y a une condition n\u00e9cessaire et indispensable : le courage. En opposition avec le penchant &#8211; devenu une seconde nature &#8211; \u00e0 la paresse, \u00e0 la l\u00e2chet\u00e9 et au confort \u00e0 n&rsquo;importe quel prix, Kant place l&rsquo;esprit de d\u00e9cision et le courage. L&rsquo;imp\u00e9ratif est donc ici : oser quelque chose. \u00abSapere aude !\u00bb. Aie le courage de penser ! Kant sait qu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 de la maxime de l&rsquo;un de ses auteurs pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s, qu&rsquo;il n&rsquo;a d&rsquo;ailleurs pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 citer \u00e0 maintes reprises. C&rsquo;est Horace (65-8 av J.-C.) qui, dans une lettre \u00e0 Lullius Maximus, encourage ce jeune ami \u00e0 ne jamais se laisser aller \u00e0 l&rsquo;oisivet\u00e9 et \u00e0 la paresse spirituelle, mais d&rsquo;\u00eatre au contraire actif et de bander ses forces spirituelles : \u00abSapere aude, incipe. Aie du courage, commence. D\u00e9cide-toi pour la sagesse ! Ose entreprendre !\u00bb. Car celui qui projette d&rsquo;entamer une nouvelle vie, mais remet sans cesse le premier jour de son entreprise ne changera jamais rien \u00e0 rien.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">Kant fut l&rsquo;un des philosophes les plus \u00e9minents du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Dans ses trois oeuvres principales\u00a0<\/span><span lang=\"FR\">Critique de la<\/span><span lang=\"FR\">\u00a0<\/span><span lang=\"FR\">raison pure\u00a0<\/span><span lang=\"FR\">(1781),\u00a0<\/span><span lang=\"FR\">Critique de la raison<\/span><span lang=\"FR\">\u00a0<\/span><span lang=\"FR\">pratique\u00a0<\/span><span lang=\"FR\">(1788) et\u00a0<\/span><span lang=\"FR\">Critique de la facult\u00e9<\/span><span lang=\"FR\">\u00a0<\/span><span lang=\"FR\">de juger\u00a0<\/span><span lang=\"FR\">(1790), il s&rsquo;attacha \u00e0 d\u00e9finir les limites de la connaissance. L&rsquo;\u00e9thique de Kant, guid\u00e9e par la raison, est centr\u00e9e sur la pens\u00e9e, sur l&rsquo;action et sur le sentiment de l&rsquo;homme \u00e9clair\u00e9. \u00abAgis de mani\u00e8re que les maximes de ta volont\u00e9 puissent en tous temps servir \u00e9galement de principe fondateur d&rsquo;une l\u00e9gislation d&rsquo;application universelle\u00bb. Cet aphorisme c\u00e9l\u00e8bre de Kant (l&rsquo;\u00abimp\u00e9ratif cat\u00e9gorique\u00bb) pr\u00e9cise son exigence d&rsquo;une l\u00e9gislation qui, loin de favoriser les int\u00e9r\u00eats des puissants, prend sa source dans le discernement et le comportement strictement \u00e9thique du citoyen. Avec sa Critique de la raison pure Kant explore syst\u00e9matiquement les limites de cette raison pure. En d\u00e9pit de ces limites, il voit dans la raison l&rsquo;attribut le plus important de l&rsquo;\u00eatre humain, ceci en particulier en relation avec la possibilit\u00e9 de concevoir un principe pratique de l&rsquo;\u00e9thique.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">L&rsquo;\u00e9poque connue sous le nom de si\u00e8cle des Lumi\u00e8res correspond \u00e0 celle de l&rsquo;\u00e9closion d&rsquo;une vie spirituelle en Europe et en Am\u00e9rique aux XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles. Elle est marqu\u00e9e par un mouvement de s\u00e9cularisation et par l&rsquo;abandon progressif d&rsquo;une vision absolutiste de la notion d&rsquo;Etat, remplac\u00e9e par une vision d\u00e9mocratique. C&rsquo;est \u00e0 ce moment que le lib\u00e9ralisme et sa conception des droits de l&rsquo;homme et du citoyen ont vu le jour. Ce mouvement pr\u00f4nait une pens\u00e9e conforme \u00e0 la raison et s&rsquo;opposait aux pr\u00e9jug\u00e9s et aux superstitions religieuses, \u00e0 la place desquelles il d\u00e9veloppait une \u00abreligion de la raison\u00bb. La science et l&rsquo;instruction devaient \u00eatre encourag\u00e9es et d\u00e9velopp\u00e9es dans toutes les couches de la population. La R\u00e9volution fran\u00e7aise marque commun\u00e9ment la fin du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, selon le sens que l&rsquo;on attribuait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque \u00e0 ce terme. Nous devons cependant constater que, malheureusement, cette \u00abminorit\u00e9 spirituelle\u00bb de l&rsquo;individu due &#8211; rappelons-le &#8211; \u00e0 sa seule responsabilit\u00e9 est un ph\u00e9nom\u00e8ne encore tr\u00e8s r\u00e9pandu de nos jours. C&rsquo;est pourquoi nous ne pouvons en aucun cas parler de sa fin. Le projet consistant \u00e0 faire de la philosophie des Lumi\u00e8res un mod\u00e8le de pens\u00e9e est encore loin d&rsquo;\u00eatre r\u00e9alis\u00e9 !<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\"><strong>L&rsquo;esprit de la philosophie des Lumi\u00e8res au sein des corporations de tailleurs de pierre<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">Tout autant que le projet \u00abphilosophie des Lumi\u00e8res\u00bb est encore loin de sa r\u00e9alisation compl\u00e8te, est-il vraisemblablement difficile d&rsquo;en fixer le point de d\u00e9part de fa\u00e7on d\u00e9finitive, c&rsquo;est-\u00e0-dire le moment \u00e0 partir duquel les humains commenc\u00e8rent, avec le secours de la raison, \u00e0 se lib\u00e9rer des repr\u00e9sentations, pr\u00e9jug\u00e9s et id\u00e9ologies anciens, rigides et d\u00e9pass\u00e9s. Les racines de la philosophie des Lumi\u00e8res s&rsquo;enfoncent jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la Renaissance et \u00e0 la naissance de l&rsquo;humanisme. Et aujourd&rsquo;hui, apr\u00e8s avoir, avec quelques fr\u00e8res de ma loge, v\u00e9cu pour la deuxi\u00e8me fois une visite de la cath\u00e9drale de Strasbourg en ayant pr\u00e9sent \u00e0 l&rsquo;esprit la pens\u00e9e des fr\u00e8res de l&rsquo;ancienne Loge de l&rsquo;Empire allemand, j&rsquo;ai &#8211; merais exposer ici une th\u00e8se qui m&rsquo;est venue, \u00e0 savoir qu&rsquo;une certaine mentalit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 semblable \u00e0 la philosophie des Lumi\u00e8res s&rsquo;\u00e9tait manifest\u00e9e dans les ateliers du Moyen \u00c2ge.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">Erwin von Steinbach (1244-1318) \u00e9tait un tailleur de pierre et un architecte allemand et passe pour \u00eatre l&rsquo;architecte principal \u00e0 qui l&rsquo;on devrait la cath\u00e9drale de Strasbourg. Les plus anciens statuts d&rsquo;une loge connus au monde qui nous aient \u00e9t\u00e9 transmis sont ceux des tailleurs de pierre de Strasbourg. Ils datent de 1459. Comme ce fut le cas pour d&rsquo;autres architectes de son temps, Erwin von Steinbach prit comme mod\u00e8le de la cath\u00e9drale qu&rsquo;il projetait le Temple de Salomon. De telles v\u00e9n\u00e9rables cath\u00e9drales sont impr\u00e9gn\u00e9es d&rsquo;une puissance symbolique impressionnante.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">Ceux qui comprennent cette symbolique comprennent sans difficult\u00e9 ce que nos anciens ma\u00eetres ont voulu nous dire. On pourrait r\u00e9sumer les principes ayant servi \u00e0 configurer une cath\u00e9drale par la formule \u00abdeux colonnes et troispas\u00bb. Lemod\u00e8le des deux colonnes du Temple de Salomon a atteint son apog\u00e9e dans les deux tours d&rsquo;une cath\u00e9drale. Ces deux colonnes repr\u00e9sentent deux mondes diff\u00e9rents. L&rsquo;un d&rsquo;eux est le monde visible et correspond aux connaissances limit\u00e9es de l&rsquo;homme. On le repr\u00e9sente par le chiffre4oulafigure du carr\u00e9. L&rsquo;autre monde est invisible, c&rsquo;est celui de l&rsquo;ignorance, de l&rsquo;incompr\u00e9hensible et finalement celui du divin. On le repr\u00e9sente par le chiffre 3 ou la figure du triangle. Pris ensemble, ces deux nombres donnent le chiffre 7, le nombre parfait.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">Les exemples d&rsquo;une symbolique remontant \u00e0 l&rsquo;origine des temps et se retrouvant syst\u00e9matiquement dans le Temple de Salomon puis, par suite, dans les cath\u00e9drales et, de l\u00e0, dans les loges des tailleurs de pierre, puis dans les loges sp\u00e9culatives, pourraient \u00eatre multipli\u00e9s \u00e0 l&rsquo;infini. \u00c0 mon avis, le c\u00f4t\u00e9 \u00abphilosophie des Lumi\u00e8res\u00bb se situe dans le caract\u00e8re abstrait des symboles, sur lequel ne p\u00e8se pas le poids dogmatique des repr\u00e9sentations de l&rsquo;\u00c9glise catholique. Ce que nous trouvons dans les symboles des tailleurs de pierre, c&rsquo;est que ce monde non-mat\u00e9riel peut \u00eatre bien s\u00fbr rendu visible par \u00e9tapes successives \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une pens\u00e9e d\u00e9barrass\u00e9e de tout a priori et de la recherche scientifique mais, qu&rsquo;en m\u00eame temps, chacune de ces \u00e9tapes fait appara\u00eetre de nouvelles questions se refusant \u00e0 l&rsquo;application de la science.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">Les tailleurs de pierre de cette \u00e9poque ne se sont pas laiss\u00e9s induire en erreur par les images \u00e0 caract\u00e8re trop concret que l&rsquo;\u00c9glise catholique cherchait \u00e0 imposer, relatives \u00e0 Dieu, aux saints et au Diable, mais ils se concentr\u00e8rent au contraire, dans leur repr\u00e9sentation du monde invisible, sur des symboles abstraits. Et m\u00eame le plus instruit des Ma\u00eetres parmi les tailleurs de pierre se faisait enterrer \u00e0 l&rsquo;angle nord-est de la cath\u00e9drale, au nord-est, \u00e0 l&rsquo;endroit donc o\u00f9 se tient l&rsquo;Apprenti apr\u00e8s son initiation. Ceci parce que, parvenu au terme de sa vie, au moment de son entr\u00e9e dans l&rsquo;Orient \u00e9ternel, le Ma\u00eetre se pr\u00e9sente avec le symbole de la r\u00e8gle, car il ne sait effectivement encore rien du monde non-visible.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">Et, \u00e0 partir de ce point, o\u00f9 nous trouvons l&rsquo;homme \u00e9clair\u00e9 qu&rsquo;est le Ma\u00eetre Ma\u00e7on, qui, au contraire du clerg\u00e9 fig\u00e9 sur ses dogmes, est conscient de ce qu&rsquo;il ne peut pas savoir, nous parvenons directement au Ma\u00e7on sp\u00e9culatif qui, lui aussi, fait appel \u00e0 sa raison et l&rsquo;utilise de fa\u00e7on personnelle, tout en \u00e9vitant lui aussi de se faire une image concr\u00e8te du Divin. C&rsquo;est pourquoi nous, francs-ma\u00e7ons, comme Kant l&rsquo;exige de l&rsquo;homme \u00e9clair\u00e9, nous opposons \u00e0 l&rsquo;h\u00e9t\u00e9ronomie d&rsquo;une raison fix\u00e9e par d&rsquo;autres l&rsquo;autonomie d&rsquo;une pens\u00e9e ind\u00e9pendante. Ou, comme Kant l&rsquo;exprime, \u00abpenser par soi-m\u00eame signifie chercher en soi-m\u00eame la vraie pierre de touche de la v\u00e9rit\u00e9 (c&rsquo;est-\u00e0-dire dans sa propre raison), et la maxime : En tout temps penser par soi m\u00eame, constitue la base de la philosophie des Lumi\u00e8res\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">Conform\u00e9ment \u00e0 la tradition des tailleurs de pierre, marqu\u00e9s par l&rsquo;esprit de la philosophie des Lumi\u00e8res, les ma\u00e7ons d&rsquo;aujourd&rsquo;hui font \u00e9galement usage du symbole du Grand Architecte de l&rsquo;Univers (GADLU). Le chercheur Helmut Reinhalter \u00e9crit \u00e0 ce propos : \u00abCe symbole repose sur la responsabilit\u00e9 \u00e9thique du Ma\u00e7on. En Ma\u00e7onnerie, la valeur de l&rsquo;homme ne se mesure pas \u00e0 l&rsquo;aune de sa profession de foi d&rsquo;une religion ou d&rsquo;un dogme, mais \u00e0 celle de sa loyaut\u00e9 intellectuelle. Le GADLU symbolise par son efficacit\u00e9 l&rsquo;arri\u00e8re- plan \u00e9ternel et le cadre universel duquel la vie acquiert un sens et une responsabilit\u00e9 humaine\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\"><strong>La lumi\u00e8re de la philosophie doit continuer \u00e0 briller dans nos loges<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">Comme je l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9, il semble que le projet de la philosophie des Lumi\u00e8res agissant comme l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clenchant de la pens\u00e9e ne trouvera jamais son aboutissement ! Aujourd&rsquo;hui encore, pr\u00e8s de deux cents ans apr\u00e8s Kant, l&rsquo;appel du roi des penseurs de K\u00f6nigsberg \u00absapere aude\u00bb n&rsquo;a rien perdu de son actualit\u00e9. Le danger que repr\u00e9sente un ensemble soci\u00e9tal qui n&rsquo;a encore jamais \u00e9t\u00e9 effleur\u00e9 par l&rsquo;esprit de la philosophie des Lumi\u00e8res nous est actuellement d\u00e9montr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;envi par les d\u00e9rives effrayantes de l&rsquo;islam. Il va de soi que tous les musulmans ne sont pas des terroristes. Mais, par contre, \u00abil appara\u00eet clairement que presque tous les terroristes sont musulmans\u00bb. Cette citation parue en 2004<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">dans la revue\u00a0<\/span><span lang=\"FR\">Stern\u00a0<\/span><span lang=\"FR\">est due \u00e0 Abdel Rahman al-Rachid, directeur de la station de t\u00e9l\u00e9vision\u00a0<\/span><span lang=\"FR\">Al Arabiya<\/span><span lang=\"FR\">. Cette citation est l&rsquo;image pr\u00e9gnante d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle le monde occidental se trouve actuellement confront\u00e9 du fait que la philosophie des Lumi\u00e8res n&rsquo;a pas encore fait son entr\u00e9e en Orient.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">L&rsquo;islamisme est une id\u00e9ologie politique, une r\u00e9gression politique et radicale de l&rsquo;islam, un \u00abr\u00e9tr\u00e9cissement\u00bb radical de l&rsquo;islam. Les adeptes de cette id\u00e9ologie, les fondamentalistes islamiques, m\u00e9prisent les droits fondamentaux, les droits de l&rsquo;homme et la libert\u00e9 de religion. Ils sont oppos\u00e9s \u00e0 toute s\u00e9paration entre l&rsquo;Etat et la religion et se pr\u00e9sentent comme adversaires de la d\u00e9mocratie. Il est significatif de constater qu&rsquo;ils sont explicitement contre tout ce que nous consid\u00e9rons comme des conqu\u00eates de la philosophie des Lumi\u00e8res.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">Les islamistes assurent le maintien de leur pouvoir en mettant en exergue l&rsquo;intangibilit\u00e9 du Coran, alors qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est leur interpr\u00e9tation du Coran qu&rsquo;ils prot\u00e8gent. Les fondamentalistes musulmans consid\u00e8rent toute d\u00e9viation par rapport \u00e0 leur interpr\u00e9tation du Coran comme une h\u00e9r\u00e9sie par rapport \u00e0 la vraie foi : ils emp\u00eachent ainsi toute remise en question ou modification de l&rsquo;islamisme. Qui exprime un avis mettant en doute le credo des fondamentalistes n&rsquo;est pas consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9mettant une critique, mais bien comme un incroyant, un ennemi, un tra\u00eetre \u00e0 Allah. On comprend d\u00e8s lors \u00e0 quel point un Kant du XXIe si\u00e8cle serait n\u00e9cessaire dans le monde islamique.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">Il nous appartient \u00e9galement, \u00e0 nous francs-ma\u00e7ons, de prendre position contre ce d\u00e9fi. Mais cela risque bien d&rsquo;entra\u00eener quelques divergences de points de vue sur l&rsquo;id\u00e9e que nous nous faisons au sujet du principe ma\u00e7onnique de la tol\u00e9rance&#8230; Il n&rsquo;y a pas que le fondamentalisme islamique \u00e0 nous poser un d\u00e9fi. Les modifications de climat, les in\u00e9galit\u00e9s entre le Nord et le Sud, la guerre pour le contr\u00f4le des ressources et des mati\u00e8res premi\u00e8res du globe, la crise financi\u00e8re, la crise \u00e9conomique, le d\u00e9fi d\u00e9mographique, un syst\u00e8me de sant\u00e9 bient\u00f4t impossible \u00e0 financer, les pand\u00e9mies, la perte du sens des valeurs, la crise des sentiments, voil\u00e0 en quelques mots les d\u00e9fis qui nous attendent. La Sagesse, la Force et la Beaut\u00e9 nous montrent le chemin, mais aurons-nous le courage de nous servir de notre propre raison et d&#8217;emprunter de nouveaux chemins? Prenons courageusement position \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des grands d\u00e9fis de notre temps ! C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que nous sommes les descendants des tenants de la philosophie des Lumi\u00e8res et que nous en portons la tradition que nous avons, dans cette d\u00e9marche, une responsabilit\u00e9 particuli\u00e8re \u00e0 assumer. Ne laissons jamais la Lumi\u00e8re des philosophes s&rsquo;\u00e9teindre au sein de nos loges ! Consid\u00e9rons, \u00e0 l&rsquo;avenir \u00e9galement, notre travail permanent sur la pierre brute comme une pens\u00e9e autonome s&rsquo;opposant \u00e0 une autorit\u00e9 imbue de son pouvoir, aux pr\u00e9jug\u00e9s, comme ligne directrice destin\u00e9e \u00e0 nous \u00e9viter les erreurs, le manque de rationalisme, la superstition, la tendance \u00e0 l&rsquo;absolutisme et \u00e0 nous permettre de lutter contre les dogmes et les v\u00e9rit\u00e9s d\u00e9finitives.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque actuelle, qui a vu l&rsquo;\u00e9closion des sciences cognitives, \u00e9clairons encore mieux nos loges \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une nouvelle philosophie des Lumi\u00e8res, plus d\u00e9velopp\u00e9e, qui soit \u00e0 m\u00eame d&rsquo;\u00e9carter les obstacles qui pars\u00e8ment notre chemin et emp\u00eachent la diss\u00e9mination de la connaissance critique et de la raison, compte tenu des menaces de caract\u00e8re global et des crises politico-sociales qui nous guettent. Ne nous bornons pas \u00e0 faire briller la lumi\u00e8re de la raison \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de nos loges. La \u00abrace humaine\u00bb, pour employer l&rsquo;expression de Kant, n&rsquo;a aucune chance de survie si elle s&rsquo;\u00e9carte de la raison. Utilisons donc notre cha\u00eene fraternelle universelle pour r\u00e9pandre dans tous les types de soci\u00e9t\u00e9 la lumi\u00e8re d&rsquo;une nouvelle philosophie ma\u00e7onnique ! Combattons, partout o\u00f9 nous avons de l&rsquo;influence, la d\u00e9raison universelle avec l&rsquo;arme de la \u00abraison aimable\u00bb postul\u00e9e par \u00c9picure (341-271 av. J.-C.). Car c&rsquo;est \u00e0 lui que l&rsquo;on doit l&rsquo;aphorisme : \u00abLe savoir sans l&rsquo;amour est un poison mortel \u00bb. C&rsquo;est dans cet esprit que nous devons, guid\u00e9s par notre solide exp\u00e9rience et appuy\u00e9s par la \u00abraison aimable\u00bb, avancer tous ensemble et affronter avec courage les grands d\u00e9fis de l&rsquo;avenir. \u00abSapere aude\u00bb, mes tr\u00e8s chers fr\u00e8res.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>G. F. &#8211; Zur Windrose, \u00e0 Sargans. (Alpina de f\u00e9vrier 2011) La traduction fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e par P. 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