{"id":1508,"date":"2015-03-13T10:59:27","date_gmt":"2015-03-13T09:59:27","guid":{"rendered":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/?p=1508"},"modified":"2017-10-13T11:17:09","modified_gmt":"2017-10-13T09:17:09","slug":"ombres-et-lumieres-de-la-libre-parole","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/ombres-et-lumieres-de-la-libre-parole\/","title":{"rendered":"Ombres et lumi\u00e8res de la libre parole"},"content":{"rendered":"<p><strong>On sait combien la libert\u00e9 d\u2019expression est une id\u00e9e ch\u00e8re aux francs-ma\u00e7ons et \u00e0 quel point ils s\u2019efforcent de l\u2019appliquer. Depuis toujours elle est inh\u00e9rente \u00e0 notre pens\u00e9e. Au cours de l\u2019histoire certains ont pay\u00e9 le prix fort pour avoir d\u00e9fendu les principes \u00e9l\u00e9mentaires d\u2019une presse ind\u00e9pendante, affranchie de la tutelle des pouvoirs en place.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Gr\u00e2ce aux victoires remport\u00e9es de haute lutte par la soci\u00e9t\u00e9 civile d\u00e8s le 19e si\u00e8cle, en Suisse comme ailleurs, nous jouissons aujourd\u2019hui d\u2019ind\u00e9niables acquis dans le domaine de l\u2019information. Gardons-nous cependant de croire les vieux d\u00e9mons liberticides chass\u00e9s \u00e0 tout jamais de notre paysage m\u00e9diatique. Bien des signes nous laissent penser qu\u2019ils sont toujours parmi nous. Rien n\u2019est gagn\u00e9 d\u2019avance, aussi incombe-t-il aux citoyens que nous sommes de veiller au grain, soit de pr\u00e9server, afin de le transmettre, l\u2019esprit m\u00eame de nos pr\u00e9rogatives individuelles.<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019heure actuelle, le principal d\u00e9fi que chacun est appel\u00e9 \u00e0 relever consiste \u00e0 trier le vrai du faux dans le d\u00e9luge d\u2019informations qui nous assaille chaque jour. Avec l\u2019arriv\u00e9e des m\u00e9dias num\u00e9riques n\u2019importe qui peut d\u00e9sormais s\u2019improviser journaliste et donner libre cours \u00e0 ses \u00e9lucubrations, r\u00e9pandre des rumeurs dans son village ou \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire. Or le m\u00e9tier exige une formation appropri\u00e9e, une d\u00e9ontologie exigeante, la connaissance de r\u00e8gles pr\u00e9cises r\u00e9gissant la profession. Sans parler d\u2019une qualit\u00e9 de communication dont manquent cruellement la plupart des blogueurs. C\u2019est ainsi qu\u2019au nom du droit \u00e0 la libre parole on se permet de battre en br\u00e8che les r\u00e9alit\u00e9s les plus objectives en quelque domaine que ce soit. Les th\u00e8ses du r\u00e9visionnisme historique et de la n\u00e9gation des crimes contre l\u2019humanit\u00e9 en sont de criants exemples. La possibilit\u00e9 de tout dire est \u00e9galement celle de tout nier, de mentir en connaissance de cause ou par n\u00e9gligence, de d\u00e9former ce qui repose sur des bases v\u00e9rifiables. Certes, ce ph\u00e9nom\u00e8ne de distortion est vieux comme le monde. M\u00e9disance et calomnie existent depuis que les hommes \u00e9changent des propos les uns sur les autres ; toutefois, la profusion et l\u2019ampleur des \u00ab news \u00bb sont en 2015 sans pr\u00e9c\u00e9dent. Ils s\u2019apparentent davantage \u00e0 une forme d\u2019intoxication intellectuelle qu\u2019\u00e0 un appel \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir ensemble dans la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Montesquieu \u00e0 la rescousse<\/strong><\/p>\n<p>Dans un chapitre de son livre La Parole perdue, r\u00e9cemment publi\u00e9 aux Editions Maison-de-Vie ( collection \u00ab Les Symboles ma\u00e7onniques \u00bb ), Sophie Perenne imagine ce que Socrate penserait de la d\u00e9ferlante pr\u00e9cit\u00e9e : \u00ab Les r\u00e9seaux sociaux, plus proches de la parole que de l\u2019\u00e9crit, vu leur imm\u00e9diatet\u00e9 et leur imitation du langage parl\u00e9, trouveraient-ils gr\u00e2ce \u00e0 ses yeux ? Ou bien m\u00e9priserait-il leur bavardage futile, leur propension aux r\u00e9actions passionn\u00e9es et \u00e0 l\u2019exhibitionnisme, ainsi que le fait qu\u2019on s\u2019y adresse \u00e0 une centaine de soi-disant amis dans une relation bien \u00e9loign\u00e9e d\u2019un dialogue d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 ? \u00bb.<\/p>\n<p><strong>La v\u00e9rit\u00e9 sur soi-m\u00eame autant que sur autrui semble nous fuir constamment.<\/strong><\/p>\n<p>La v\u00e9rit\u00e9, elle, n\u2019est en aucun cas une notion absolue sur le plan sp\u00e9culatif, moins encore une science exacte, le franc-ma\u00e7on le sait mieux que personne, lui qui essaie en toute occasion de la rep\u00e9rer dans les moindres circonstances et manifestations de la vie, privil\u00e9giant l\u2019essentiel sur l\u2019accessoire, pr\u00e9f\u00e9rant le calme au tapage, le durable \u00e0 l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re. La v\u00e9rit\u00e9 sur soi-m\u00eame autant que sur autrui semble nous fuir constamment, insaisissable, complexe et contradictoire dans ses m\u00e9andres s\u2019il en est. Force est de reconna\u00eetre que l\u2019on ne s\u2019en approche qu\u2019\u00e0 certains moments, avec les faibles moyens dont nous disposons.<\/p>\n<p>Si la parole dans son plus large \u00e9ventail est une indiscutable n\u00e9cessit\u00e9, son usage n\u2019en impose pas moins de salubres limites. On conna\u00eet la maxime attribu\u00e9e \u00e0 Montesquieu, initi\u00e9 franc-ma\u00e7on le 12 mai 1730 : \u00ab La libert\u00e9 des uns s\u2019arr\u00eate l\u00e0 o\u00f9 commence celle des autres \u00bb. Il serait \u00e0 cet \u00e9gard instructif de relire la D\u00e9claration universelle des Droits de l\u2019homme telle que r\u00e9actualis\u00e9e en 1948 pour saisir les devoirs qu\u2019implique le juste exercice d\u00e9mocratique en mati\u00e8re d\u2019opinions. La responsabilit\u00e9 et le discernement personnels ici vont de pair. En 1997 le Conseil de l\u2019Europe a rendu punissable le discours d\u2019incitation \u00e0 la haine envers une communaut\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral ou un individu en particulier. Salutaire gardefou, on en conviendra. Toujours plus de pays mettent en place un arsenal juridique contre l\u2019abus de la parole dans la sph\u00e8re publique. Depuis quelques ann\u00e9es nous avons eu en Suisse des cas de peines prononc\u00e9es contre des internautes pour diffamation. Notons que l\u2019article 261bis de notre Code p\u00e9nal prot\u00e8ge en sus la libert\u00e9 de croyance de toute insulte ou d\u00e9nigrement. Des travaux sont en cours afin de mieux d\u00e9finir un cadre juridique permettant d\u2019intervenir plus efficacement lors de fautes graves. Cela dit, l\u2019apologie du terrorisme sur les r\u00e9seaux ajoute une nouvelle dimension au ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<p><strong>Savoir mesure garder<\/strong><\/p>\n<p>Il importe de distinguer la libert\u00e9 d\u2019expression d\u2019une part, le d\u00e9passement de ses bornes d\u2019autre part. Il faut savoir \u00ab jusqu\u2019o\u00f9 on peut aller trop loin \u00bb, comme on l\u2019entend parfois dans les salles de r\u00e9daction. \u00c0 force de surench\u00e9rir dans une affaire on d\u00e9passe fatalement la cote d\u2019alerte. Sans faire de moralisme, l\u2019outrance langagi\u00e8re est par nature contreproductive, elle nuit d\u2019abord \u00e0 qui la commet. La parole apaise, raccommode, soulage. H\u00e9las elle attise aussi l\u2019agressivit\u00e9 entre les individus.<br \/>\nOn demandait un jour \u00e0 l\u2019humoriste fran\u00e7ais Pierre Desproges si l\u2019on pouvait rire de tout. \u00ab Oui, mais pas avec n\u2019importe qui \u00bb, fut sa r\u00e9ponse. On pourrait pr\u00e9ciser : \u00e0 condition d\u2019avoir la mani\u00e8re. En fait, peut-on vraiment s\u2019amuser aux d\u00e9pens de chacun et au sujet de n\u2019importe quoi ? Seuls des \u00eatres n\u2019ayant pas toute leur raison seraient excus\u00e9s de le faire car il y a des th\u00e8mes qui sont, ne disons pas tabous, mais suffisamment sensibles pour que l\u2019on s\u2019abstienne de les aborder, au nom du respect de la diff\u00e9rence ou de la simple d\u00e9cence.<\/p>\n<p><strong>Un exercice d\u2019\u00e9quilibre<\/strong><\/p>\n<p>Au fil des ans notre magazine a pr\u00e9sent\u00e9 une vaste gamme de th\u00e9matiques. Les trois r\u00e9dacteurs r\u00e9gionaux, le chancelier, quelquefois le Grand Ma\u00eetre, ont re\u00e7u ici et l\u00e0 des lettres de m\u00e9contentement relatives au contenu du mensuel. Untel n\u2019appr\u00e9ciait pas les caricatures parce que \u00ab la francma\u00e7onnerie est une chose s\u00e9rieuse \u00bb. Soit. Pourtant, longue est la liste des comiques professionnels ayant appartenu \u00e0 l\u2019Ordre. Par ailleurs, un zeste d\u2019autod\u00e9rision ne fait de mal \u00e0 personne. Un autre n\u2019appr\u00e9ciait gu\u00e8re que l\u2019on traite de la ma\u00e7onnerie f\u00e9minine, ou mixte, soi-disant que&#8230; etc. Pareilles r\u00e9actions \u00e9taient peu fr\u00e9quentes. Autrement d\u00e9licates les interventions de lecteurs \u00e9voquant leur droit de r\u00e9agir, en termes d\u00e9sobligeants, \u00e0 un article, un livre chroniqu\u00e9 dans nos colonnes. Voire de s\u2019en prendre \u00e0 une ob\u00e9dience non reconnue. Jamais il ne fut tenu compte des avis r\u00e9dig\u00e9s sur un ton qui d\u00e9nigre un auteur, cherchant \u00e0 le rabaisser dans sa propre estime et au regard des autres. Un d\u00e9saccord atrabilaire peut difficilement \u00eatre tenu pour une opinion digne de ce nom. S\u2019il importe de ne pas troubler la paix des m\u00e9nages, celle des ateliers ma\u00e7onniques a \u00e9galement son prix. En d\u00e9finitive, la libre parole est un exercice d\u2019\u00e9quilibre permanent, n\u00e9cessaire si l\u2019on veut qu\u2019elle perdure. J.T.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On sait combien la libert\u00e9 d\u2019expression est une id\u00e9e ch\u00e8re aux francs-ma\u00e7ons et \u00e0 quel point ils s\u2019efforcent de l\u2019appliquer. 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