{"id":1525,"date":"2015-06-13T11:05:26","date_gmt":"2015-06-13T09:05:26","guid":{"rendered":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/?p=1525"},"modified":"2017-10-13T11:17:09","modified_gmt":"2017-10-13T09:17:09","slug":"jazz-et-franc-maconnerie-une-affaire-de-convergences","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/jazz-et-franc-maconnerie-une-affaire-de-convergences\/","title":{"rendered":"Jazz et franc-ma\u00e7onnerie : une affaire de convergences"},"content":{"rendered":"<p><strong>L\u2019\u00e9crivain Michel Leiris voyait dans le jazz la \u00ab vraie musique sacr\u00e9e \u00bb. En r\u00e9alit\u00e9 il est beaucoup de choses et avant tout un ph\u00e9nom\u00e8ne culturel majeur qui s\u2019\u00e9tendra \u00e0 la plan\u00e8te enti\u00e8re. Tout comme la franc-ma\u00e7onnerie, qui recouvre de nombreux aspects et s\u2019est propag\u00e9e sans limite g\u00e9ographique. Nous tenterons ici de d\u00e9montrer quels sont les liens entre l\u2019un et l\u2019autre.<\/strong><\/p>\n<p>On peut faire remonter les origines du jazz au d\u00e9but du XVIIe si\u00e8cle quand les navires n\u00e9griers, partis des c\u00f4tes africaines en direction du Nouveau-Monde, r\u00e9sonnaient des chants tribaux que les esclaves scandaient pour se donner du courage. L\u2019expression de leur malheur se traduira ensuite dans les \u00ab work songs \u00bb, m\u00e9lop\u00e9es en usage sur les plantations et chantiers de construction auxquels ils \u00e9taient astreints, y compris les fermes p\u00e9nitentiaires, avant de devenir plus directement religieux avec les \u00ab spirituals \u00bb dont l\u2019expression privil\u00e9giait les \u00e9pisodes de la Bible exaltant l\u2019espoir et la d\u00e9livrance. Longtemps le lieu de culte fut le seul endroit o\u00f9 les Afro-Am\u00e9ricains \u00e9taient autoris\u00e9s \u00e0 se r\u00e9unir et \u00e0 leur ferveur se m\u00ealait souvent des ingr\u00e9dients de leurs traditions s\u00e9culaires. Puis vint le blues, qui engendrera le jazz et toutes les musiques noires subs\u00e9quentes. Puisqu\u2019il n\u2019avait pas droit \u00e0 la parole, le peuple soumis inventa un langage \u00e0 lui, profond\u00e9ment original, ne ressemblant \u00e0 rien de ce qui avait exist\u00e9 auparavant dans le domaine du spectacle.<\/p>\n<p><strong>Deux syst\u00e8mes s\u00e9par\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>Lorsque le jazz de type dixieland se d\u00e9veloppe et s\u2019ancre dans le sud des Etats-Unis, avec la Louisiane pour centre n\u00e9vralgique, la ma\u00e7onnerie de Prince Hall a d\u00e9j\u00e0 une longue histoire. L\u2019ob\u00e9dience porte le nom d\u2019un esclave dit affranchi dont l\u2019initiation se d\u00e9roule le 6 mars 1775 \u00e0 Boston. Consid\u00e9r\u00e9 comme le fondateur de l\u2019Ordre r\u00e9serv\u00e9 aux descendants des \u00e9migr\u00e9s africains, il sera Grand Ma\u00eetre de 1791 jusqu\u2019\u00e0 sa mort 16 ans plus tard.<\/p>\n<p><strong>Des marches hautes en couleur \u00e0 travers les rues<\/strong><\/p>\n<p>Gardons \u00e0 l\u2019esprit que les loges de Prince Hall sont compos\u00e9es exclusivement de Noirs. Il n\u2019y a pas de mixit\u00e9 avec les Fr\u00e8res blancs en raison de la discrimination raciale. En 2015 la situation n\u2019est plus ce qu\u2019elle \u00e9tait, mais il reste beaucoup \u00e0 faire.<\/p>\n<p>En ce d\u00e9but du XXe si\u00e8cle les aspirations des jazzmen et celles des francsma\u00e7ons vont dans le m\u00eame sens. Leurs int\u00e9r\u00eats convergent parce qu\u2019ils visent l\u2019objectif commun de leur \u00e9mancipation. Les uns et les autres ont un d\u00e9sir de reconnaissance sociale et aspirent \u00e0 \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s en tant que citoyens \u00e0 part enti\u00e8re. Nous sommes encore loin du discours de Martin Luther King prononc\u00e9 le 28 ao\u00fbt 1963 en faveur des droits civiques. \u00c0 l\u2019aube des ann\u00e9es 1900 les Eglises, diverses soci\u00e9t\u00e9s philanthropiques et la franc-ma\u00e7onnerie oeuvrent en premi\u00e8re ligne pour la juste cause. Les musiciens sont de plus en plus nombreux \u00e0 demander l\u2019initiation. Parmi les plus connus de la Nouvelle-Orl\u00e9ans mentionnons Bunk Johnson, George Lewis, Oscar \u00ab papa \u00bb C\u00e9lestin. La plupart seront inhum\u00e9s avec les honneurs ma\u00e7onniques. Davantage ax\u00e9s sur l\u2019enseignement de la morale et l\u2019acquisition de connaissances que sur la recherche \u00e9sot\u00e9rique, les ateliers noirs font un peu office d\u2019\u00e9coles de d\u00e9veloppement personnel. Ils organisent une foison de bals, sorties familiales, d\u00e9fil\u00e9s, parades. Sans compter les marches hautes en couleur \u00e0 travers les rues, toujours en vigueur, au cours desquelles plus d\u2019un musicien fera ses premi\u00e8res armes dans la carri\u00e8re. Prince Hall leur fournira maintes occasions de se produire en public, ne serait-ce que lors de bapt\u00eames, anniversaires, mariages et fun\u00e9railles. Dans les temples ou \u00e0 ciel ouvert. Les avantages fonctionnent dans les deux sens : les artistes b\u00e9n\u00e9ficient du soutien d\u2019un mouvement influent et celui-ci gagne en consid\u00e9ration gr\u00e2ce \u00e0 eux. Car en g\u00e9n\u00e9ral les \u00ab joueurs de blues \u00bb, selon l\u2019expression de Michel Jonasz, d\u00e9placent les foules. Les ma\u00e7ons proposent des programmes p\u00e9dagogiques. Ils offrent aux jeunes talents, et pas seulement dans la musique, les moyens mat\u00e9riels de s\u2019affirmer.<\/p>\n<p><strong>Pas de jazz sp\u00e9cifiquement ma\u00e7onnique<\/strong><\/p>\n<p>Qui dit Nouvelle-Orl\u00e9ans dit Louis Armstrong. L\u2019appartenance selon nosusages de ce fils de Odd Fellow reste ind\u00e9termin\u00e9e. Le surnomm\u00e9 \u00ab Satchmo \u00bb \u00e9tait pour s\u00fbr membre des Knights of Pythias, une organisation ayant quelque ressemblance avec la n\u00f4tre. Certains voient dans sa chanson What a wonderful world un hymne au temple id\u00e9al de l\u2019humanit\u00e9. De m\u00eame que l\u2019archiconnu I\u2019m beginning to see the light traduirait une impression d\u2019initiation alors que rien dans les paroles ne le laisse supposer. Son auteur pourrait \u00ab entrevoir la lumi\u00e8re \u00bb dans le regard de sa petite amie ou au r\u00e9veil difficile apr\u00e8s une nuit bien arros\u00e9e. La majorit\u00e9 des instrumentistes avaient le sens de la f\u00eate dans le plein sens du terme. De m\u00eame, il n\u2019est pas de musique de jazz sp\u00e9cifiquement ma\u00e7onnique. Le confirme l\u2019\u00e9tude Freemasonry in popular music \u00e9tablie par l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Utrecht, aux Pays- Bas. Cela \u00e9tant, de multiples compositions conviendraient aux travaux rituels.<\/p>\n<p><strong>Les agressions physiques contre les Afro- Am\u00e9ricains \u00e9taient monnaie courante.<\/strong><\/p>\n<p>Parmi la longue liste des c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s dont l\u2019appartenance est av\u00e9r\u00e9e : Duke Ellington, Count Basie, Ben Webster, Eubie Blake, Earl Hines, Lionel Hampton, Cab Calloway, Oscar Peterson, Kenny Clarke, Nat King Cole. Chez les bluesmen : Memphis Slim, Howlin\u2019 Wolf, Fred McDowell, Screamin\u2019 Jay Hawkins, etc. Il y en eu beaucoup, dans l\u2019infinit\u00e9 de styles que recoupe la musique noire am\u00e9ricaine. Dans le genre vari\u00e9t\u00e9 on doit nommer Jos\u00e9phine Baker, initi\u00e9e au Droit Humain. Du c\u00f4t\u00e9 de la souche europ\u00e9enne : Glen Miller, Paul Whiteman, Irving Berlin, J\u00e9r\u00f4me Kern. D\u2019autres patronymes surgiront au fil des recherches. N\u2019oublions pas les simples accompagnateurs, musiciens de l\u2019ombre parce que souvent anonymes, ni les gens du m\u00e9tier tels que les managers, organisateurs de concerts, hommes de radio et consorts. Notons qu\u2019au plus fort de la s\u00e9gr\u00e9gation il y eut des Blancs pour s\u2019insurger contre le racisme, ainsi ce fermier franc-ma\u00e7on qui sauva William Handy du lynchage. Les agressions physiques contre les Afro-Am\u00e9ricains \u00e9taient monnaie courante. Certains endroits en connaissent toujours.<\/p>\n<p>La relation jazz-Prince Hall s\u2019est infl\u00e9chie par rapport aux d\u00e9cennies d\u2019avant-guerre. Les enjeux sont diff\u00e9rents. On en saura peut-\u00eatre plus au gr\u00e9 des \u00e9changes entre les deux rives de l\u2019Atlantique. \u00c0 suivre. J.T.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019\u00e9crivain Michel Leiris voyait dans le jazz la \u00ab vraie musique sacr\u00e9e \u00bb. En r\u00e9alit\u00e9 il est beaucoup de choses [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[21],"tags":[],"class_list":["post-1525","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classifiee"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1525","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1525"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1525\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1526,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1525\/revisions\/1526"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1525"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1525"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1525"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}