{"id":758,"date":"2016-06-21T13:31:08","date_gmt":"2016-06-21T11:31:08","guid":{"rendered":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/?p=758"},"modified":"2017-10-12T15:09:36","modified_gmt":"2017-10-12T13:09:36","slug":"la-cohabitation-des-cultures-une-realite-multimillenaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/la-cohabitation-des-cultures-une-realite-multimillenaire\/","title":{"rendered":"La cohabitation des cultures : une r\u00e9alit\u00e9 multimill\u00e9naire"},"content":{"rendered":"<p><strong>Le multiculturalisme en tant que cohabitation de communaut\u00e9s aux int\u00e9r\u00eats divergents semble s\u2019essoufler. Aujourd\u2019hui, certains chefs d\u2019Etat et non des moindres n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 qualifier d\u2019\u00e9chec les diff\u00e9rentes politiques d\u2019int\u00e9gration men\u00e9es jusqu\u2019ici, ayant \u00e9valu\u00e9 leurs limites sur le terrain. Si en revanche on consid\u00e8re le multiculturalisme comme pr\u00e9sence sur un m\u00eame sol de personnes appartenant \u00e0 des horizons g\u00e9ographiques dissemblables, alors il existe pratiquement depuis toujours.<\/strong><\/p>\n<p>En fait, depuis que les hommes se d\u00e9placent pour trouver leur bonheur ou leur survie hors de leur biotope naturel. Il s\u2019agissait \u00e0 l\u2019origine avant tout de disposer de meilleurs territoires de chasse. Les raisons d\u2019aller voir ailleurs sont \u00e9videmment multiples. Au nombre desquelles il y a la simple curiosit\u00e9 de changer d\u2019air pour am\u00e9liorer son sort, comme la ch\u00e8vre de Monsieur Seguin pr\u00e9sumait l\u2019herbe plus verte sur l\u2019autre versant de la montagne que dans son enclos. Ce sont des \u00e9migrants volontaires qui d\u00e8s l\u2019aube des temps cherchent des conditions d\u2019existence conformes \u00e0 leurs voeux l\u00e9gitimes. D\u2019autres exil\u00e9s, assur\u00e9ment les plus nombreux, prennent la route pour fuir un r\u00e9gime despotique, la famine, les s\u00e9quelles d\u2019une catastrophe naturelle et autres calamit\u00e9s. Ils repartent de z\u00e9ro dans l\u2019espoir d\u2019assurer l\u2019avenir de leur descendance. Entre ces deux cas de figure se trouvent toutes les situations interm\u00e9diaires que l\u2019on peut imaginer. Rien de nouveau sous le soleil dans le mouvement migratoire. L\u2019implantation de nouveaux arrivants engendre souvent un regain de prosp\u00e9rit\u00e9 en maint domaine sur la terre d\u2019accueil, et souvent aussi, h\u00e9las, des tensions, de l\u2019hostilit\u00e9 voire de la haine qui ne demande qu\u2019\u00e0 se transformer en conflit ouvert. Les litt\u00e9ratures antiques nous en offrent de vastes exemples.<\/p>\n<p><em>\u00ab L\u2019\u00e9tranger sera volontiers un barbare si ses coutumes ne sont pas les n\u00f4tres \u00bb<\/em><\/p>\n<p>D\u2019abord avec L\u2019\u00e9pop\u00e9e de Gilgamesh, la plus ancienne qui nous est connue. Elle remonte \u00e0 5\u2019000 ans avant notre \u00e8re. L\u2019Histoire, a-t-on coutume de dire, remonte \u00e0 Sumer, dans cette r\u00e9gion d\u2019abondance de basse M\u00e9sopotamie o\u00f9 des nomades venus d\u2019un peu partout se s\u00e9dentarisaient, th\u00e9\u00e2tre d\u2019un melting-pot de populations englobant quasiment l\u2019ensemble du Proche-Orient. C\u2019est le premier exemple de multiculturalisme effectif. Beaucoup plus tard viendra Hom\u00e8re, pionnier de la culture occidentale qui met en sc\u00e8ne Ulysse dans des p\u00e9riples, initiatiques \u00e0 bien des \u00e9gards, au cours desquels il c\u00f4toie des tribus parmi les plus insolites que l\u2019on puisse envisager. L\u2019a\u00e8de itin\u00e9rant d\u00e9crira aussi la guerre \u00e0 outrance que se livrent Grecs et Troyens.<\/p>\n<p>Les mythes et l\u00e9gendes se nourrissent le plus souvent de confrontations mettant aux prises des bellig\u00e9rants de souches diff\u00e9rentes, occasion de stigmatiser \u00e0 l\u2019envi les tares de l\u2019adversaire. Ainsi naissent les pr\u00e9jug\u00e9s sur ceux qui ne nous ressemblent pas. L\u2019\u00e9tranger sera volontiers un barbare du fait que ses us et coutumes ne sont pas les n\u00f4tres. \u00c0 propos de la pi\u00e8ce d\u2019Eschyle Les Suppliantes le professeur belge Andr\u00e9 Bernard note que d\u2019apr\u00e8s le dramaturge \u00ab les Egyptiens aux yeux des Grecs sont des individus bizarres, des mangeurs de papyrus, des buveurs de bi\u00e8re, des bureaucrates noy\u00e9s dans la paperasserie, tandis que les Grecs sont des mangeurs de pain, des buveurs de vin, des gens croyant davantage \u00e0 la parole donn\u00e9e qu\u2019au trait\u00e9 couch\u00e9 sur le papier. \u00bb<\/p>\n<p><strong>Jugements subjectifs, jugements intempestifs<\/strong><\/p>\n<p>La charge contre les Egyptiens se poursuit puisque selon notre auteur le prosateur Herodote les voit qui \u00ab se nourrissent d\u2019\u00e9peautre, non de grain. Ils pratiquent la circoncision. Ils \u00e9crivent de droite \u00e0 gauche. \u00bb Le reste \u00e0 l\u2019avenant. N\u2019est-il pas curieux que pour d\u00e9nigrer l\u2019\u00e9tranger on \u00e9voque en premier lieu ses habitudes culinaires ? De nos jours des esprits peu subtils parlent encore de mangeurs de choucroute, de rosbeef, de cassoulet, de bortsch et nous en passons. En bref, le civilis\u00e9 est forc\u00e9ment soi-m\u00eame, le primitif celui d\u2019en face. Il faudrait peu, cependant, pour inverser les termes et retourner la situation en faveur du l\u00e9s\u00e9. Tout d\u00e9pend du bout de la lorgnette par lequel on regarde.<\/p>\n<p>Il demeure que les grandes r\u00e9alisations de l\u2019humanit\u00e9 se font lorsque les uns apprennent des autres. Le g\u00e9nie est une entreprise \u00e0 plusieurs entit\u00e9s. Dans le pr\u00e9ambule \u00e0 son \u00e9tude Le Temple de Salomon Jean B\u00e9n\u00e9dict \u00e9crit : \u00ab Les peuplades comprises dans ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler le Croissant fertile ont fond\u00e9 pendant la pr\u00e9histoire et la protohistoire le foyer le plus important de l\u2019Occident. Certainement en contact avec les civilisations orientales, notamment de l\u2019Inde et de la Chine, elles en ont subi les influences dans le domaine philosophique, religieux et architectural. \u00bb Sur le chantier du fameux temple, pr\u00e9cis\u00e9ment, se retrouvaient des ouvriers issus des contr\u00e9es voisinant la terre d\u2019Isra\u00ebl, certainement de plus loin encore. Idiomes et traditions fourmillaient dans un p\u00e9rim\u00e8tre restreint. Le long recul du temps nous fait id\u00e9aliser ces communaut\u00e9s de travailleurs, on les imagine oeuvrant en paix, anim\u00e9es d\u2019un \u00e9lan f\u00e9d\u00e9rateur, or la chronique est moins l\u00e9nifiante et fait \u00e9tat de rivalit\u00e9s ethniques tenaces.<\/p>\n<p><em>\u00ab L\u2019ouverture au monde est d\u2019abord une affaire de sensibilit\u00e9 individuelle \u00bb<\/em><\/p>\n<p>La Bible regorge de sc\u00e8nes de confrontations, elle qui avec le r\u00e9cit de la Tour de Babel nous offre l\u2019\u00e9loquente illustration d\u2019un multiculturalisme an\u00e9anti dans ses ambitions. Ayant perdu la langue commune les hommes ne se comprenaient plus. Il r\u00e9gnait un \u00e9tat de confusion d\u00e9l\u00e9t\u00e8re. Le Livre nous dit ce qu\u2019il en advint : destruction de l\u2019ambitieuse tour suivie de la dispersion aux quatre vents de ses artisans. Mais consid\u00e9rons les histoires bibliques pour ce qu\u2019elles sont, et en tout bien tout honneur n\u2019allons pas au-del\u00e0 de ce qu\u2019elles peuvent nous communiquer.<\/p>\n<p><strong>Le lointain et le proche<\/strong><\/p>\n<p>S\u2019ouvrir concr\u00e8tement au monde afin d\u2019en consid\u00e9rer les infinies complexit\u00e9s d\u00e9pend davantage des individus que des institutions. Pensons aux grands navigateurs du pass\u00e9, les Vasco de Gama et autres Magellan qui \u00e0 leurs risques et p\u00e9rils s\u2019aventur\u00e8rent au devant de continents inconnus. Pensons au marchand v\u00e9nitien Marco Polo parti sur les routes de l\u2019Asie r\u00e9put\u00e9e imp\u00e9n\u00e9trable, jusqu\u2019aux confins de la Chine. \u00ab Il est le premier voyageur europ\u00e9en \u00e0 avoir constat\u00e9 par soi-m\u00eame les choses, dans une totale libert\u00e9 d\u2019esprit ; \u00e0 ce titre il est irrempla\u00e7able, inimitable \u00bb, \u00e9crit A. t\u2019Serstevens. Il vivra de nombreuses ann\u00e9es en symbiose culturelle avec ses h\u00f4tes tout en restant Marco Polo, n\u00e9gociant de la S\u00e9r\u00e9nissime, d\u00e9mentant par l\u00e0 l\u2019id\u00e9e que l\u2019on perdrait son \u00e2me \u00e0 trop fr\u00e9quenter l\u2019\u00e9tranger. Entre autres richesses il ramena de ses exp\u00e9ditions les&#8230; p\u00e2tes alimentaires, qui de l\u2019Italie se r\u00e9pandront partout.<\/p>\n<p>Nul besoin, toutefois, d\u2019aller chercher les rencontres au bout de la plan\u00e8te. On peut d\u00e9couvrir un univers en se rapprochant de son voisin de palier. Et lorsqu\u2019en loge nous nous tournerons vers Untel, demandons-nous si nous le connaissons vraiment. J.T.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le multiculturalisme en tant que cohabitation de communaut\u00e9s aux int\u00e9r\u00eats divergents semble s\u2019essoufler. 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