{"id":762,"date":"2016-10-21T13:31:45","date_gmt":"2016-10-21T11:31:45","guid":{"rendered":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/?p=762"},"modified":"2017-10-12T15:10:07","modified_gmt":"2017-10-12T13:10:07","slug":"en-etat-de-souffrance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/old.freimaurerei.ch\/fr\/en-etat-de-souffrance\/","title":{"rendered":"En \u00e9tat de souffrance"},"content":{"rendered":"<p><strong>Prendre de la hauteur. Essayer de comprendre les causes amenant un humain \u00e0 sombrer corps et \u00e2me dans le fanatisme. Voil\u00e0, modestement, le dessein de cette chronique qui n\u2019a pas, en revanche, pour motivation d\u2019excuser. Quant \u00e0 pardonner, il s\u2019agit d\u2019un autre registre. Un mot-cl\u00e9 : souffrance.<\/strong><\/p>\n<p>Selon les psychiatres, de nombreux fanatiques auteurs d\u2019actes inqualifiables et irr\u00e9parables sont diagnostiqu\u00e9s comme souffrant de maladies mentales. D\u00e8s lors, ces d\u00e9viants sont d\u00e9douan\u00e9s de toute responsabilit\u00e9 \u00e0 des degr\u00e9s divers, compte tenu de leur \u00e9tat pathologique av\u00e9r\u00e9, l\u2019ali\u00e9nation ayant annihil\u00e9 leur libre-arbitre. D\u2019autres fanatiques se trouvent sous l\u2019emprise d\u2019une manipulation mentale, l\u2019arme privil\u00e9gi\u00e9e des int\u00e9gristes issus de mouvances sectaires ou religieuses. Cette cat\u00e9gorie n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 embrigad\u00e9e par hasard. L\u2019une des causes trouve son origine dans leur( s ) souffrance( s ). Car ces fanatiques, qui n\u2019ont pas encore bascul\u00e9 dans la maladie mentale, sont en \u00e9tat de d\u00e9tresse psychologique, de rupture.<\/p>\n<p>Seule la haine de la soci\u00e9t\u00e9, des autres et d\u2019eux-m\u00eames guide ces esprits errants, au sens o\u00f9 ils n\u2019ont pas trouv\u00e9 leur place dans l\u2019univers et encore moins la pl\u00e9nitude correspondante. Aussi, la n\u00e9gation en actes la plus absolue l\u00e9gitime leur corpus id\u00e9ologique. D\u2019aucuns estiment que des facteurs ext\u00e9rieurs, \u00e0 l\u2019instar de la pr\u00e9carit\u00e9 de certaines existences p\u00e9tries au quotidien de conflits et de difficult\u00e9s de tout ordre, forment les d\u00e9clencheurs de haine. Mais il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un \u00ab miroir aux alouettes \u00bb, car c\u2019est plut\u00f4t une exp\u00e9rience int\u00e9rieure de souffrance, un ressenti mal v\u00e9cu, qui enfantent la haine, identifiable \u00e0 un rejet de la vie. En effet, l\u2019exp\u00e9rience de la souffrance, de la blessure, de la frustration, en d\u2019autres termes de la peur, d\u00e9clenche l\u2019aversion qui agit d\u00e8s lors comme une protection, apportant en apparence force, s\u00e9curit\u00e9 et assurance, alors qu\u2019elle masque simplement une vuln\u00e9rabilit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Abandonner la saisie<\/strong><\/p>\n<p>la douleur est physique, biologique, sociale, imbriqu\u00e9e dans l\u2019existence comme la nuit l\u2019est avec le jour, la souffrance est mentale, c\u2019est du moins les d\u00e9finitions que nous retiendrons ici ; elle repr\u00e9sente la r\u00e9action \u00e0 la douleur initiale et se manifeste fr\u00e9quemment par la haine, la violence et l\u2019addiction \u00e0 des substances agissant comme des psychotropes pour calmer la confusion de l\u2019esprit. Si la douleur demeure difficilement \u00e9vitable, ce n\u2019est pas le cas de la souffrance. N\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 Freud qui estimait n\u00e9cessaire d\u2019accepter cette derni\u00e8re, qu\u2019il nommait \u00ab le niveau ordinaire de n\u00e9vrose \u00bb, ou aux deux philosophes existentialistes, Sartre et Camus, qui consid\u00e9raient le caract\u00e8re inexorable de la souffrance. La douleur est en g\u00e9n\u00e9ral fugitive, elle va et vient, tandis que la souffrance est coriace, insidieuse, constante, pers\u00e9v\u00e9rante. Elle s\u2019explique par la saisie, l\u2019attachement \u00e0 des \u00eatres, \u00e0 des id\u00e9es, \u00e0 des situations. Plus le sujet concern\u00e9 cultive cette saisie, se met des oeill\u00e8res, se rigidifie sur ses convictions a fortiori erron\u00e9es, plus sa souffrance augmente. Celle-ci est comparable au voile de l\u2019ignorance, \u00e0 un manque d\u2019intelligence de l\u2019esprit, une sorte d\u2019opacit\u00e9 semblable \u00e0 la vase faisant perdre \u00e0 l\u2019eau sa limpidit\u00e9. L\u2019esprit ainsi obscurci perd l\u2019exp\u00e9rience de la lucidit\u00e9, puis en vient \u00e0 ignorer sa nature essentielle. Sous l\u2019emprise de l\u2019ignorance, l\u2019esprit s\u2019engage alors dans les illusions parmi lesquelles la plus fondamentale, racine de toutes les autres: la saisie dualiste en termes de sujet et d\u2019objet.<\/p>\n<p>L\u2019abandon des causes de la souffrance consiste \u00e0 ne pas essayer de se d\u00e9barrasser de l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue, mais de l\u2019adoucir en un \u00e9tat d\u2019acceptation. Cet adoucissement apporte ainsi un sentiment de l\u00e2cher-prise, v\u00e9cu tant dans l\u2019esprit que dans le corps. Ce l\u00e2cherprise ne signifie pas rester indiff\u00e9rent et sans r\u00e9ponse, mais agir en toute conscience sur l\u2019abandon de la saisie du mental pour accueillir sa libert\u00e9.<\/p>\n<p><strong>La \u00ab force vraie \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Identifier, appr\u00e9hender, apprivoiser m\u00eame, et raisonner l\u2019exp\u00e9rience de la souffrance transform\u00e9e en peur permet la cessation, celle d\u2019accuser autrui, de le bl\u00e2mer, de le ha\u00efr, et enraye la volont\u00e9 de faire du mal. Pour Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix qui v\u00e9cut tant d\u2019injustices et de violences, \u00ab l\u2019humain acquiert davantage de sagesse \u00e0 travers ses \u00e9preuves que dans le bien-\u00eatre. Il a besoin de d\u00e9velopper la capacit\u00e9 de tirer la force de ses difficult\u00e9s (\u2026) pour d\u00e9clencher l\u2019\u00e9clair flamboyant de son propre coeur et le laisser illuminer la nuit tumultueuse. \u00bb<\/p>\n<p>En conscience, l\u2019examen de la col\u00e8re et de la haine op\u00e8re un d\u00e9placement d\u2019identit\u00e9 radical, car ces \u00e9tats n\u2019appartiennent pas \u00e0 la v\u00e9ritable nature de l\u2019humain, ils ne lui sont pas conditionn\u00e9s. L\u2019histoire des deux fl\u00e8ches, comme racont\u00e9e par Bouddha, est elle aussi \u00e9vocatrice : \u00ab La premi\u00e8re fl\u00e8che est l\u2019\u00e9v\u00e9nement initial lui-m\u00eame, l\u2019exp\u00e9rience douloureuse. Cela a eu lieu; nous ne pouvons pas l\u2019\u00e9viter. La seconde fl\u00e8che est celle que nous tirons sur nous-m\u00eames. Cette fl\u00e8che est facultative. Nous pouvons ajouter \u00e0 la douleur initiale un \u00e9tat d\u2019esprit contract\u00e9, col\u00e9reux, haineux, rigide, apeur\u00e9. Ou bien nous pouvons apprendre \u00e0 vivre le m\u00eame \u00e9v\u00e9nement douloureux avec moins d\u2019identification et de rancoeur, avec un coeur plus d\u00e9tendu et empli de compassion. \u00bb<\/p>\n<p>Le contraire de la haine n\u2019est pas la passivit\u00e9, mais la \u00ab force vraie \u00bb. Plut\u00f4t que d\u2019entretenir la haine, il est pr\u00e9f\u00e9rable de la d\u00e9laisser pour que naisse une vraie force, une intr\u00e9pidit\u00e9 naturelle, le courage de faire face aux peines et aux peurs, de leur r\u00e9pondre sans haine. Cette force in\u00e9branlable, Martin Luther King l\u2019appelait la \u00ab force d\u2019\u00e2me \u00bb. La haine n\u2019\u00e9teint jamais la haine, seul l\u2019amour peut la gu\u00e9rir. Puissent l\u2019entendre, le voir et le comprendre les fanatiques, ces \u00eatres en souffrance \u2013 ce n\u2019est pas une excuse, mais un constat. Oui, que leurs oreilles entendent, que leurs yeux voient et que leur \u00e2me comprenne.<br \/>\nD. P.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Prendre de la hauteur. Essayer de comprendre les causes amenant un humain \u00e0 sombrer corps et \u00e2me dans le fanatisme. 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